Le maintien à domicile des personnes âgées représente aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique en France. Avec le vieillissement démographique et l’expression quasi-unanime du souhait de vieillir chez soi, les services d’aide et de soins à domicile connaissent une transformation profonde. Cette évolution s’inscrit dans une démarche globale de personnalisation des accompagnements et d’optimisation des ressources publiques, tout en répondant aux aspirations légitimes des seniors de conserver leur autonomie dans leur environnement familier.

Les statistiques révèlent qu’environ 92% des Français de plus de 65 ans souhaitent vieillir à domicile plutôt qu’en établissement spécialisé. Cette préférence massive nécessite une organisation rigoureuse des services, une coordination efficace entre les différents intervenants et un financement adapté aux besoins croissants. L’enjeu dépasse la simple prestation de service pour devenir un véritable projet de société, impliquant familles, professionnels de santé, collectivités territoriales et organismes de financement.

Cadre réglementaire et modalités d’intervention du SAAD (service d’aide et d’accompagnement à domicile)

Les Services d’Aide et d’Accompagnement à Domicile évoluent dans un environnement juridique structuré par le Code de l’action sociale et des familles. Cette réglementation définit précisément les missions, les conditions d’exercice et les modalités d’intervention de ces services essentiels au maintien à domicile des personnes âgées dépendantes.

Autorisation et agrément des prestataires selon le code de l’action sociale et des familles

L’exercice des activités d’aide à domicile requiert une autorisation préfectorale délivrée selon des critères stricts définis par les articles L.7231-1 et suivants du Code du travail. Cette autorisation garantit la qualité des prestations et la sécurité juridique des bénéficiaires. Les organismes prestataires doivent démontrer leur capacité financière, leurs compétences techniques et leur organisation administrative avant d’obtenir cet agrément.

La réforme récente introduit progressivement les Services Autonomie à Domicile (SAD), qui fusionnent les anciens SAAD, SSIAD et SPASAD. Cette évolution vise à simplifier les démarches pour les usagers tout en améliorant la coordination entre aide et soins. Le processus d’autorisation s’accompagne d’un contrôle qualité renforcé et d’une évaluation régulière des pratiques professionnelles.

Plan personnalisé d’aide et d’accompagnement (PPAA) : élaboration et mise en œuvre

Le PPAA constitue le socle de l’intervention à domicile, élaboré conjointement entre la personne âgée, sa famille et les professionnels. Cette démarche participative garantit l’adéquation entre les besoins exprimés et les services proposés. L’évaluation multidimensionnelle prend en compte les aspects sanitaires, sociaux, psychologiques et environnementaux pour proposer un accompagnement truly individualisé.

La mise en œuvre du PPAA nécessite une réévaluation annuelle minimale, avec des ajustements possibles selon l’évolution de la situation. Cette flexibilité permet d’adapter les interventions aux changements de l’état de santé ou aux modifications des souhaits de la personne accompagnée.

Coordination avec les CLIC (centres locaux d’information et de coordination

(CLIC) et les dispositifs de type MAIA (Méthode d’Action pour l’Intégration des services d’aide et de soins dans le champ de l’Autonomie)

Les CLIC jouent un rôle de porte d’entrée pour les familles qui recherchent une information fiable sur les solutions de maintien à domicile. Ils assurent un premier niveau d’évaluation, orientent vers les services compétents (SAAD, SSIAD, services autonomie à domicile) et facilitent la constitution des dossiers d’aides financières. Pour vous, c’est un interlocuteur unique capable de clarifier un environnement souvent perçu comme complexe.

Les dispositifs MAIA, aujourd’hui intégrés dans les Dispositifs d’Appui à la Coordination (DAC) dans de nombreux territoires, prennent le relais lorsque les situations sont dites « complexes » : pathologies multiples, isolement, épuisement de l’aidant, risque de rupture de parcours. Un « gestionnaire de cas » coordonne alors l’ensemble des intervenants (médicaux, sociaux, médico-sociaux) afin d’éviter les doublons, les oublis et les hospitalisations évitables.

La collaboration entre SAAD, CLIC et MAIA se formalise par des réunions de concertation, des échanges d’informations sécurisés et, de plus en plus, par des outils numériques partagés. Cette coordination territoriale est au cœur d’un maintien à domicile sécurisé et efficace, en particulier pour les personnes âgées polypathologiques.

Grille AGGIR et évaluation du niveau de dépendance GIR

L’évaluation de la dépendance repose principalement sur la grille AGGIR (Autonomie Gérontologique – Groupe Iso-Ressources), utilisée pour déterminer le niveau de GIR (de 1 à 6). Cette grille analyse les capacités de la personne à réaliser seule les actes essentiels de la vie quotidienne : se laver, s’habiller, se déplacer, s’alimenter, communiquer, etc. Elle ne mesure pas seulement la maladie, mais l’impact concret sur l’autonomie au domicile.

Les personnes classées en GIR 1 à 4 peuvent prétendre à l’APA à domicile, avec un plan d’aide adapté. Un GIR 1 correspond à une dépendance très lourde, nécessitant une présence quasi permanente, tandis qu’un GIR 4 décrit plutôt une personne qui a besoin d’aide pour la toilette ou les repas mais reste autonome pour se déplacer. Cette évaluation est réalisée par les équipes médico-sociales du Conseil départemental, souvent au domicile, afin de tenir compte du cadre de vie réel.

Comprendre le niveau de GIR est essentiel pour calibrer le plan personnalisé d’aide et d’accompagnement : fréquence des passages du SAAD, recours à un SSIAD, besoin de matériel médical ou d’adaptation du logement. Pour les familles, c’est aussi un repère concret pour anticiper l’évolution de la perte d’autonomie et organiser au mieux les relais nécessaires.

Dispositifs de financement et allocation des ressources pour le maintien à domicile

Le coût des soins et de l’aide à domicile est une préoccupation centrale pour les personnes âgées et leurs proches. Avant de renoncer à un projet de maintien à domicile par crainte du budget, il est utile d’explorer l’ensemble des dispositifs mobilisables. Entre l’APA, les aides des caisses de retraite, le crédit d’impôt et les CESU préfinancés, la dépense réellement supportée peut être nettement inférieure au coût brut affiché.

La stratégie consiste à combiner plusieurs sources de financement, en fonction du niveau de dépendance, des revenus et de la situation familiale. Cette approche « en mosaïque » permet souvent de sécuriser un accompagnement de qualité, tout en préservant l’équilibre financier du foyer. Encore faut-il connaître les règles du jeu et les plafonds applicables.

APA (allocation personnalisée d’autonomie) domicile : calculs et plafonds 2024

L’APA à domicile est la principale aide publique destinée aux personnes âgées de 60 ans et plus en perte d’autonomie (GIR 1 à 4). En 2024, les plafonds de plans d’aide varient selon le GIR : plus la dépendance est forte, plus le montant maximum mobilisable est élevé. L’APA ne verse pas de l’argent « libre de droit », elle finance un plan d’aide composé d’heures d’aide à domicile, de portage de repas, de téléassistance ou encore d’accueil de jour.

Le montant effectivement versé dépend des ressources de la personne, via un ticket modérateur progressif. Concrètement, le Conseil départemental calcule d’abord le montant théorique du plan d’aide puis déduit la participation financière du bénéficiaire, en fonction de son revenu mensuel. Cette logique permet à la fois de cibler l’effort public sur les situations les plus fragiles et de garantir un reste à charge soutenable pour les autres.

En pratique, il est recommandé de préparer l’évaluation APA en amont : rassembler les justificatifs de revenus, dresser la liste des besoins concrets (toilette, ménage, courses, aide aux repas) et, si possible, être présent lors de la visite de l’évaluateur. Vous augmentez ainsi les chances d’obtenir un plan d’aide réellement en phase avec la situation vécue au quotidien.

Crédit d’impôt de 50% et réduction fiscale pour services à la personne

En complément des aides sociales, le dispositif fiscal pour les services à la personne joue un rôle clé dans le financement des soins à domicile des personnes âgées. Que vous passiez par un organisme prestataire ou que vous employiez directement un intervenant, vous pouvez, sous conditions, bénéficier d’un crédit d’impôt égal à 50 % des dépenses engagées, dans la limite des plafonds légaux.

Ce crédit d’impôt s’applique aux dépenses liées à l’aide à domicile (ménage, aide à la toilette, assistance aux repas, petits travaux de jardinage, etc.), après déduction des aides perçues (APA, caisses de retraite, mutuelles). Il est désormais ouvert y compris aux retraités non imposables, via un remboursement, ce qui en fait un levier puissant pour réduire le reste à charge. Certaines zones expérimentent par ailleurs le « crédit d’impôt immédiat », qui permet de déduire les 50 % directement sur la facture mensuelle.

Pour optimiser ce dispositif, il est important de conserver toutes les factures et attestations annuelles fournies par le service d’aide à domicile ou l’URSSAF (en cas d’emploi direct). Vous pouvez ainsi déclarer le montant exact sur votre déclaration de revenus et sécuriser le bénéfice de cet avantage fiscal, souvent décisif dans l’arbitrage entre maintien à domicile et entrée en établissement.

CESU (chèque emploi service universel) et modes de paiement simplifiés

Le CESU (Chèque Emploi Service Universel) facilite les démarches administratives liées à l’emploi d’une aide à domicile. Sous sa forme déclarative, il permet de déclarer simplement le salarié auprès de l’URSSAF, qui calcule et prélève les cotisations sociales. Sous sa forme préfinancée, il fonctionne comme un titre de paiement, abondé par un tiers (caisse de retraite, mutuelle, employeur, collectivité territoriale).

Pour une personne âgée et ses proches, le CESU présente un double avantage : simplification de la gestion administrative et transparence des coûts. Il peut être utilisé pour rémunérer une auxiliaire de vie, une aide-ménagère, voire certaines prestations de garde de nuit. De nombreuses collectivités ou caisses de retraite complètent leurs aides financières par des CESU préfinancés, ce qui réduit encore le montant effectivement payé de votre poche.

L’usage du CESU est particulièrement intéressant dans le cadre de l’emploi direct, lorsque la famille souhaite choisir elle-même la personne intervenante tout en bénéficiant d’un cadre légal sécurisé. C’est un peu l’équivalent d’un « kit clé en main » pour devenir employeur sans se perdre dans les formalités.

Aides de la CARSAT et dispositifs de prévention de la perte d’autonomie

Les caisses de retraite, et en particulier la CARSAT pour le régime général, disposent de leurs propres programmes d’aide au maintien à domicile. Ces dispositifs ciblent surtout la prévention de la perte d’autonomie chez les retraités fragilisés mais non encore éligibles à l’APA (GIR 5 ou 6). Ils peuvent financer des heures d’aide-ménagère, des actions de prévention (ateliers équilibre, nutrition, mémoire) ou encore des travaux d’adaptation du logement.

L’attribution de ces aides repose sur une évaluation sociale, souvent réalisée au domicile, qui tient compte à la fois de l’état de santé, des ressources et des conditions de vie. Le but est de retarder au maximum l’entrée dans la dépendance en agissant tôt sur les facteurs de risque : isolement, logement inadapté, difficultés à gérer le quotidien.

Vous pouvez solliciter ces aides directement auprès de votre caisse de retraite ou via un travailleur social. Combinées aux mesures nationales comme MaPrimeAdapt’ pour l’adaptation du logement, elles contribuent à sécuriser un projet de vie à domicile dans la durée, en particulier pour les personnes qui commencent à rencontrer des difficultés mais souhaitent rester pleinement actrices de leur autonomie.

Technologies d’assistance et solutions de téléassistance adaptées

Les nouvelles technologies transforment en profondeur le maintien à domicile des personnes âgées. Loin de remplacer la présence humaine, elles jouent un rôle de filet de sécurité, en complément des aides à domicile et de la famille. Téléassistance, capteurs de mouvement, objets connectés, télémédecine : autant d’outils qui permettent de concilier autonomie, sécurité et réactivité en cas de problème.

La question centrale n’est plus de savoir si ces technologies sont utiles, mais comment les intégrer de façon intelligente dans le projet de vie de la personne âgée. L’enjeu est d’éviter l’effet « gadget » pour privilégier des solutions simples, acceptées par la personne et réellement utiles au quotidien.

Systèmes de téléalarme connectés et bracelets détecteurs de chute

Les systèmes de téléassistance (ou téléalarme) reposent généralement sur un boîtier installé au domicile, relié en permanence à une plateforme d’écoute. La personne âgée porte un médaillon ou un bracelet équipé d’un bouton d’alerte. En cas de chute ou de malaise, une simple pression déclenche la mise en relation avec un opérateur, qui évalue la situation et contacte les proches ou les secours si nécessaire.

Les versions les plus récentes intègrent des détecteurs de chute automatique, capables de repérer une chute brutale sans que la personne ait besoin d’appuyer sur le bouton. Certains dispositifs fonctionnent également à l’extérieur du domicile, via le réseau mobile, ce qui rassure les familles lorsque leur proche se déplace encore seul. C’est un peu comme offrir un « filet de sécurité invisible » qui accompagne la personne partout.

Avant de choisir une solution de téléassistance, il est utile de comparer les fonctionnalités (détection automatique, géolocalisation, conversation mains libres), les modalités de mise en œuvre (installation à domicile, période d’essai) et les coûts (abonnement mensuel, prise en charge éventuelle par l’APA ou les caisses de retraite). Un dispositif bien choisi peut faire la différence entre une chute sans conséquence grave et une immobilisation prolongée au sol.

Domotique thérapeutique et habitat intelligent pour seniors

La domotique thérapeutique regroupe l’ensemble des équipements électriques et électroniques qui automatisent certaines tâches du quotidien et sécurisent l’environnement domestique. Éclairage qui s’allume automatiquement la nuit, volets roulants programmables, capteurs de fumée connectés, coupures de gaz automatiques : autant d’exemples d’adaptations qui réduisent les risques tout en facilitant la vie de la personne âgée.

Dans un habitat « intelligent », différents capteurs peuvent analyser les habitudes de vie (ouverture du réfrigérateur, passages dans le couloir, temps passé au lit) et alerter en cas d’anomalie prolongée. L’objectif n’est pas de surveiller, mais d’être alerté rapidement en cas de situation inhabituelle, comme on serait rassuré par la lumière d’un phare en pleine nuit. Ces systèmes sont particulièrement intéressants pour les personnes vivant seules ou présentant des troubles cognitifs débutants.

La mise en place de domotique doit cependant rester proportionnée et respectueuse de la vie privée. Il est recommandé de privilégier les fonctionnalités réellement utiles (sécurité, confort, prévention des chutes) et de s’assurer que la personne comprend et accepte leur utilisation. Un bon accompagnement à la prise en main est indispensable pour que la technologie soit vécue comme un soutien, et non comme une contrainte.

Applications mobiles de suivi médical et plateformes de télémédecine

Les applications mobiles et plateformes de télémédecine occupent désormais une place croissante dans le suivi des personnes âgées à domicile. Rendez-vous en visioconsultation, renouvellement d’ordonnance à distance, suivi des constantes (tension, glycémie) partagé avec le médecin traitant : ces outils permettent de limiter les déplacements et d’assurer une continuité de soins, y compris en zone rurale.

Pour les proches aidants, certaines applications offrent la possibilité de partager un agenda de soins, de centraliser les comptes-rendus médicaux et de recevoir des rappels pour la prise des médicaments. C’est un peu l’équivalent d’un « carnet de santé numérique » partagé entre la personne, sa famille et les professionnels de santé, ce qui limite les oublis et les pertes d’information.

La télémédecine ne remplace pas les consultations en présentiel, en particulier pour les bilans complets ou les situations d’urgence. Elle représente toutefois un complément précieux pour le suivi des maladies chroniques, l’ajustement des traitements et la prévention des hospitalisations évitables. Là encore, la clé du succès réside dans la simplicité d’usage et l’accompagnement, notamment pour les personnes peu à l’aise avec le numérique.

Dispositifs IoT de monitoring des constantes vitales à domicile

Les dispositifs IoT (Internet of Things) appliqués à la santé permettent de mesurer en continu ou à intervalles réguliers certaines constantes vitales : tension artérielle, fréquence cardiaque, saturation en oxygène, poids, glycémie. Les données sont transmises automatiquement à une plateforme sécurisée, accessible au médecin, à l’infirmière libérale ou à un service de télésurveillance médicale.

Ces systèmes sont particulièrement pertinents pour les personnes souffrant d’insuffisance cardiaque, de BPCO, de diabète ou d’hypertension sévère. Ils permettent de détecter précocement une décompensation et d’ajuster le traitement avant que la situation ne nécessite une hospitalisation. On peut les comparer à un « tableau de bord » de l’état de santé, qui alerte dès que les voyants passent à l’orange.

Là encore, la question n’est pas d’équiper tout le monde indistinctement, mais d’identifier les profils pour lesquels cette surveillance connectée apporte une vraie valeur ajoutée. L’implication du médecin traitant, la qualité de la transmission des données et le respect du RGPD (protection des données de santé) sont des conditions indispensables pour tirer le meilleur de ces technologies.

Équipes pluridisciplinaires et coordination des professionnels de santé

Le maintien à domicile réussi repose rarement sur un seul intervenant. Il mobilise au contraire une équipe pluridisciplinaire où chacun apporte sa compétence : auxiliaires de vie, infirmiers, médecins, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychologues, etc. La difficulté n’est pas tant de réunir ces compétences que de les faire travailler ensemble, autour d’un même projet de vie.

Cette coordination peut sembler abstraite, mais elle se traduit concrètement par des échanges réguliers, des transmissions écrites, des réunions de concertation et, de plus en plus, par des dossiers partagés. L’objectif est simple : éviter que la personne âgée ne se retrouve au centre d’un « millefeuille » d’interventions non coordonnées, source de fatigue, d’incompréhensions et parfois de risques.

Rôle des auxiliaires de vie sociale (AVS) et aides médico-psychologiques (AMP)

Les auxiliaires de vie sociale (AVS) sont souvent les professionnelles les plus présentes au domicile. Elles accompagnent la personne âgée dans les actes essentiels de la vie quotidienne : toilette, habillage, préparation et aide à la prise des repas, déplacements, entretien courant du logement, sorties. Leur rôle ne se limite pas à « faire à la place de », mais à stimuler l’autonomie en laissant la personne réaliser ce qu’elle peut encore faire elle-même.

Les aides médico-psychologiques (AMP), aujourd’hui regroupées dans le diplôme d’Accompagnant éducatif et social (AES), apportent une dimension plus relationnelle et éducative, notamment auprès des personnes atteintes de troubles cognitifs (Alzheimer, maladies apparentées) ou en situation de handicap psychique. Elles contribuent au maintien du lien social, à la gestion de l’anxiété, à la structuration du temps et des activités.

Parce qu’elles sont au domicile au quotidien, AVS et AMP jouent aussi un rôle d’alerte essentiel : repérage des signes de dégradation de l’état de santé, de la dénutrition, de la confusion, de la maltraitance éventuelle ou de l’épuisement de l’aidant. Leurs observations, lorsqu’elles sont bien transmises au coordinateur du service ou au médecin traitant, permettent d’ajuster rapidement le plan d’aide.

Intervention des infirmiers libéraux et protocoles de soins NGAP

Les infirmiers et infirmières libéraux interviennent à domicile pour réaliser les soins prescrits par le médecin : pansements, injections, perfusions, surveillance de plaies chroniques, prise de constantes, accompagnement thérapeutique. Leurs actes sont cotés selon la NGAP (Nomenclature Générale des Actes Professionnels) et pris en charge par l’Assurance maladie, avec éventuellement un ticket modérateur complété par la complémentaire santé.

Dans le cadre des SSIAD ou des services autonomie à domicile mixtes, les infirmiers peuvent également coordonner l’action des aides-soignants, organiser les tournées et participer à l’évaluation gériatrique globale. Ils sont aux premières loges pour repérer les risques de décompensation, d’escarres, de dénutrition ou de chutes, et alerter le médecin traitant. On peut les voir comme le « pivot clinique » du dispositif à domicile.

Pour optimiser leur intervention, il est important que les informations circulent bien entre l’infirmier, l’auxiliaire de vie et la famille : carnet de liaison, transmissions numériques sécurisées, appels téléphoniques ciblés. Une coordination fluide limite les erreurs (par exemple sur la prise des médicaments) et évite à la personne âgée de répéter plusieurs fois la même information.

Collaboration avec les médecins traitants et spécialistes gériatres

Le médecin traitant reste le chef d’orchestre médical du maintien à domicile. Il assure le suivi des pathologies chroniques, coordonne les prescriptions, oriente vers les spécialistes (gériatres, cardiologues, neurologues), et participe à la décision lorsqu’une hospitalisation ou une entrée en établissement doit être envisagée. Sa connaissance de l’histoire médicale et familiale de la personne est précieuse pour prendre des décisions adaptées.

Les gériatres interviennent plus spécifiquement pour les bilans complexes : troubles cognitifs, polythérapies, chutes à répétition, dénutrition, situations de fragilité avancée. Ils peuvent réaliser des consultations mémoire, des évaluations gériatriques standardisées et proposer des ajustements thérapeutiques ou environnementaux. Leur expertise est particulièrement utile pour arbitrer entre poursuivre le maintien à domicile ou recommander une structure plus médicalisée.

Dans l’idéal, la collaboration entre médecins, infirmiers, aides à domicile et structures médico-sociales s’appuie sur un plan personnalisé de santé ou un dossier médical partagé. Lorsque chacun sait ce que fait l’autre, les risques de redondance ou de contradiction diminuent, et la personne âgée bénéficie d’un parcours de soins plus cohérent.

Coordination avec les ergothérapeutes et kinésithérapeutes à domicile

Les ergothérapeutes jouent un rôle clé dans l’adaptation du domicile et la préservation des capacités fonctionnelles. Ils évaluent la motricité, les gestes du quotidien, les risques de chute, puis proposent des aménagements : barres d’appui, siège de douche, rehausseur de WC, organisation de la cuisine, aides techniques pour l’habillage ou la préparation des repas. Ils peuvent également accompagner la demande d’aides financières pour financer ces équipements.

Les kinésithérapeutes, de leur côté, interviennent pour entretenir ou restaurer la mobilité, prévenir la fonte musculaire, travailler l’équilibre et la marche. Des séances régulières à domicile peuvent faire la différence entre une personne qui reste autonome pour se lever seule et une personne alitée ou en fauteuil. On peut comparer leur action à celle d’un « coach de l’autonomie », qui aide à garder le plus longtemps possible les capacités physiques.

Une bonne coordination entre ergothérapeute, kinésithérapeute, médecin et aide à domicile permet d’aligner les objectifs : adapter le logement, sécuriser les déplacements, encourager la mise en pratique quotidienne des exercices. Là encore, les échanges d’informations (comptes-rendus, bilans, conseils) sont déterminants pour construire un projet cohérent autour de la personne.

Prévention des risques et sécurisation de l’environnement domestique

La prévention des risques au domicile est un pilier du maintien à domicile des personnes âgées. Chutes, incendies domestiques, intoxications médicamenteuses, dénutrition, isolement : autant de dangers parfois sous-estimés qui peuvent pourtant être anticipés. L’objectif n’est pas de transformer la maison en « mini-hôpital », mais de la rendre plus sûre, plus fonctionnelle et plus adaptée à la perte d’autonomie.

La première étape consiste souvent en un diagnostic global du logement et des habitudes de vie : escaliers, salle de bain, éclairage, rangement des médicaments, organisation des repas. Ce repérage peut être réalisé par un ergothérapeute, un travailleur social, une association spécialisée ou un service autonomie à domicile. Il débouche sur un plan d’actions gradué, combinant petits aménagements et, si nécessaire, travaux plus lourds.

Impact socio-économique du maintien à domicile versus hébergement en EHPAD

Au-delà des bénéfices individuels, le maintien à domicile des personnes âgées a un impact majeur sur l’organisation et le financement de notre système de santé. Les études montrent qu’à niveau de dépendance comparable, le coût annuel d’un accompagnement à domicile est souvent inférieur à celui d’un hébergement en EHPAD, même en tenant compte des aides publiques mobilisées. Pour la collectivité, favoriser le domicile permet donc de contenir les dépenses tout en respectant les préférences des citoyens.

Sur le plan social, le maintien à domicile soutient aussi l’économie locale : emploi d’aides à domicile, recours aux commerces de proximité, mobilisation des professionnels de santé du territoire. Il valorise le rôle des aidants familiaux, tout en posant la question de leur reconnaissance et de leur soutien (droit au répit, aménagement du temps de travail, protection sociale). Cette organisation exige une politique publique cohérente, investissant à la fois dans les services, les aides financières et la formation des professionnels.

Pour les familles, l’arbitrage entre domicile et EHPAD ne se résume pas à un calcul financier. Il intègre la qualité de vie, le désir de rester chez soi, la capacité de l’entourage à s’impliquer, mais aussi la possibilité d’accéder à une offre d’aide à domicile de qualité. Dans ce contexte, les soins à domicile des personnes âgées apparaissent comme une solution à la fois humaine et économiquement pertinente, à condition d’être organisés, coordonnés et correctement financés.