Professionnelle de santé en blouse blanche discutant avec une résidente âgée dans une chambre d'EHPAD moderne et lumineuse
Publié le 11 mai 2026

L’entrée d’un proche en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes soulève une question récurrente chez les familles : le médecin traitant actuel, qui connaît parfaitement l’historique médical du futur résident, pourra-t-il continuer à assurer son suivi ? Selon les données 2023 publiées, 573 100 personnes âgées résident en EHPAD en France, dont 85 % en perte d’autonomie. Pour ces résidents souvent atteints de polypathologies, la continuité du suivi médical représente un enjeu de qualité des soins. La présence obligatoire d’un médecin coordonnateur dans ces établissements alimente une confusion tenace sur les rôles respectifs de chaque praticien.

ℹ Information importante

Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. Consultez un professionnel de santé qualifié et la direction de l’EHPAD pour toute décision concernant l’organisation du suivi médical.

Vos 3 priorités pour préserver la continuité médicale :

  • Oui, vous pouvez légalement conserver votre médecin traitant en EHPAD sous conditions pratiques
  • Le médecin coordonnateur ne remplace pas automatiquement votre médecin, il coordonne l’équipe soignante
  • Abordez cette question dès la visite de pré-admission pour vérifier faisabilité selon distance et disponibilité
La réponse en une sentence :

Oui, le médecin traitant peut continuer à suivre un résident entré en EHPAD, à condition que la distance géographique le permette, que le praticien soit disponible, et que l’établissement l’accepte. Le médecin coordonnateur obligatoire en EHPAD assure quant à lui la coordination des soins, sans remplacer automatiquement le médecin traitant.

Ce que dit vraiment la loi sur le choix de votre médecin

Contrairement à une croyance répandue, l’entrée en EHPAD n’annule pas le droit fondamental au libre choix de son médecin. La confusion naît souvent de la présence obligatoire du médecin coordonnateur dans ces établissements, qui laisse penser à une substitution automatique. La réalité réglementaire est pourtant claire : ces deux figures médicales remplissent des rôles distincts et complémentaires.

Le droit de choisir librement son praticien constitue un principe fondamental inscrit à l’article L1110-8 du Code de la santé publique. Comme le rappelle utilement l’Ordre des Médecins dans son code de déontologie, la personne résidant en EHPAD conserve ce libre choix, y compris après son admission. Une jurisprudence du Conseil d’État datant de mars 2013 a même censuré les dispositions permettant au directeur d’un établissement de révoquer unilatéralement le contrat d’un médecin traitant, au motif qu’elles portaient atteinte à cette liberté fondamentale.

Pour les familles recherchant un établissement dans les Yvelines, l’annuaire des Ehpad à Poissy recense les établissements avec leurs modalités d’organisation médicale.

Document officiel Charte des droits de la personne âgée posé sur un bureau contemporain avec des lunettes de lecture
Ce texte garantit votre droit au libre choix médical

Le cadre réglementaire impose toutefois une organisation médicale spécifique en EHPAD. Le décret n°2025-897 publié au Journal officiel en septembre 2025 a précisé les missions du médecin coordonnateur, figure obligatoire dans ces établissements depuis plusieurs années. Tel que le précise le décret n°2025-897 publié au Journal officiel, ce praticien peut désormais assurer le suivi médical des résidents qui le souhaitent et réaliser des prescriptions médicales. Cette évolution ne supprime pas le droit du résident de conserver son médecin traitant, mais elle clarifie les possibilités d’organisation.

La distinction entre ces deux fonctions médicales mérite d’être explicitée. Le médecin coordonnateur assure principalement la coordination de l’équipe soignante, l’élaboration du projet de soins de l’établissement, et peut intervenir en urgence lorsque le médecin traitant n’est pas disponible. Le médecin traitant, quant à lui, reste responsable du suivi médical individuel du résident s’il continue à exercer ce rôle. Cette articulation théorique se heurte toutefois à des contraintes pratiques qui méritent d’être anticipées dès l’admission.

Trois configurations possibles pour votre suivi médical

La réalité des EHPAD révèle trois scénarios d’organisation médicale, chacun présentant des avantages et des limites selon la situation du résident. Comprendre ces configurations permet d’identifier celle qui correspond le mieux aux besoins médicaux et aux contraintes géographiques de chaque famille.

Le maintien exclusif du médecin traitant nécessite plusieurs conditions cumulatives : une distance raisonnable entre le cabinet du praticien et l’établissement (les praticiens refusent généralement les déplacements au-delà de 20 à 30 kilomètres pour raisons d’organisation), la disponibilité effective du médecin pour des visites régulières programmées, et l’accord formel de la direction de l’EHPAD. Cette organisation reste rare : elle pose la question de la gestion des urgences médicales survenant en dehors des horaires de consultation programmés. Le médecin traitant externe ne pouvant assurer une astreinte permanente, l’établissement doit prévoir un dispositif de secours via le médecin coordonnateur ou un service d’urgences.

Le suivi par le médecin coordonnateur uniquement constitue l’organisation par défaut dans la majorité des EHPAD. Le médecin coordonnateur devient le référent médical du résident et assure l’ensemble des consultations, prescriptions et ajustements thérapeutiques. Avantages : disponibilité immédiate, connaissance de l’établissement, coordination optimale. La limite principale réside dans la perte du lien historique avec le médecin traitant qui suivait parfois le patient depuis des décennies et connaissait parfaitement son historique médical complet, ses antécédents familiaux et ses réactions aux traitements.

L’organisation en double suivi complémentaire, souvent méconnue des familles, consiste à organiser un suivi partagé entre le médecin traitant et le médecin coordonnateur. Le médecin traitant conserve la responsabilité du suivi des pathologies chroniques complexes lors de consultations programmées mensuelles ou trimestrielles, tandis que le médecin coordonnateur gère le quotidien, les urgences et la coordination avec l’équipe de l’établissement. Cette configuration offre le meilleur compromis pour les résidents atteints de polypathologies nécessitant un suivi spécialisé continu.

Le récapitulatif ci-dessous compare les trois modes d’organisation selon cinq critères déterminants. Chaque configuration répond à des besoins et contraintes spécifiques qu’il convient d’évaluer avant l’admission.

Médecin traitant, coordonnateur, double suivi : le comparatif complet
Configuration Rôle précis Fréquence visites Prise en charge Sécu Avantages Limites pratiques
Médecin traitant seul Assure tous les soins médicaux du résident Selon besoins pathologie (hebdomadaire à mensuel) Tarif conventionné standard Continuité historique, connaissance dossier médical complet Disponibilité pour urgences, distance cabinet-EHPAD, coordination avec équipe
Médecin coordonnateur seul Coordonne équipe soignante et assure soins médicaux quotidiens Présence régulière sur site (plusieurs fois par semaine) Inclus dans tarif EHPAD ou facturé séparément Disponibilité immédiate, connaissance établissement, coordination optimale Perte lien médecin traitant historique, méconnaissance historique médical long
Double suivi complémentaire Traitant : pathologies chroniques / Coordonnateur : urgences et coordination Traitant : mensuel ou trimestriel / Coordonnateur : hebdomadaire Consultations traitant remboursées, coordonnateur inclus Meilleur des deux mondes : continuité et réactivité sur place Nécessite communication fluide entre praticiens, organisation tripartite

Cette organisation du suivi médical s’inscrit dans l’ensemble des solutions d’accompagnement pour les seniors proposées selon les besoins de dépendance. Le choix entre ces trois configurations dépend autant des contraintes médicales que des réalités logistiques et organisationnelles de chaque situation.

Les démarches concrètes pour organiser cette continuité

Les refus d’EHPAD concernant le maintien du médecin traitant surviennent souvent parce que la demande est formulée trop tard, lors de l’admission elle-même, alors que les conventions médicales de l’établissement sont déjà établies. Anticiper cette question dès la visite de pré-admission permet d’éviter des déconvenues et d’organiser sereinement la transition.

Salle de consultation médicale vide et moderne dans un EHPAD avec table d'examen et équipement médical
Vérifiez ces modalités lors de la pré-admission

Ces démarches s’intègrent dans le processus global de prise en charge en EHPAD, depuis l’admission jusqu’au suivi quotidien. Une organisation réussie suppose de suivre une procédure structurée en plusieurs étapes complémentaires.

Procédure pour maintenir votre médecin traitant

  1. Aborder la question dès la visite de pré-admission

    Lors du premier contact avec l’EHPAD, interrogez explicitement la direction sur la politique de l’établissement concernant les médecins traitants externes.

  2. Vérifier la disponibilité de votre médecin traitant

    Contactez le cabinet médical pour confirmer que le praticien accepte de se déplacer régulièrement à l’EHPAD. Précisez la distance exacte entre le cabinet et l’établissement.

  3. Formaliser l’accord par écrit

    Une fois l’accord de principe obtenu des trois parties (résident, EHPAD, médecin traitant), demandez une confirmation écrite mentionnant les modalités pratiques : fréquence des visites programmées, procédure en cas d’urgence, et rôle respectif du médecin traitant et du médecin coordonnateur.

  4. Organiser la transmission du dossier médical

    Coordonnez l’envoi du dossier médical complet au médecin coordonnateur de l’EHPAD, tout en maintenant une copie à jour chez le médecin traitant. Cette double transmission garantit que les deux praticiens disposent des informations nécessaires en cas d’urgence ou d’ajustement thérapeutique.

  5. Planifier le calendrier des consultations

    Établissez avec le médecin traitant un calendrier prévisionnel de consultations (mensuel, bimestriel ou trimestriel selon les besoins médicaux), et communiquez-le à l’équipe soignante de l’EHPAD pour faciliter l’organisation des rendez-vous et éviter les doublons avec les visites du médecin coordonnateur.

La formalisation écrite de l’accord tripartite (résident, EHPAD, médecin traitant) constitue une étape souvent négligée mais essentielle. Ce document permet d’éviter les malentendus ultérieurs concernant la fréquence des visites, la répartition des rôles avec le médecin coordonnateur, et les modalités de gestion des urgences. Certains EHPAD proposent un modèle type de convention, mais il reste possible de le personnaliser selon les besoins médicaux spécifiques du résident.

Même lorsque toutes les démarches sont correctement suivies, certains obstacles peuvent survenir. Il est important de connaître les motifs légitimes de refus pour mieux anticiper la négociation avec l’établissement.

⚠ Trois motifs de refus légitimes par l’EHPAD

Même si le droit au libre choix du médecin est garanti par la loi, certaines situations permettent à l’établissement de refuser le maintien du médecin traitant externe pour des raisons organisationnelles justifiées :

  • Distance excessive (cabinet situé à plus de 30 kilomètres de l’EHPAD) rendant les déplacements réguliers irréalistes pour le praticien
  • Indisponibilité du médecin pour assurer des visites à fréquence suffisante ou pour intervenir en cas d’urgence médicale
  • Convention médicale de l’établissement imposant le recours à des médecins partenaires liés par contrat (configuration rare mais existante dans certains EHPAD privés)

Les situations où maintenir votre médecin devient indispensable

Pour certains résidents, la continuité du suivi médical dépasse la simple préférence relationnelle et devient une nécessité médicale objective. Les données récentes révèlent que 38 % des personnes accueillies en EHPAD souffrent de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée, selon l’enquête EHPA 2023. Ces pathologies chroniques évolutives nécessitent un suivi spécialisé régulier que le médecin coordonnateur, généraliste de formation, ne peut toujours assurer seul.

Les pathologies chroniques complexes constituent le premier cas de figure justifiant impérativement le maintien d’un suivi par le médecin traitant ou par un spécialiste référent. Un résident atteint de la maladie de Parkinson, de sclérose en plaques ou de diabète insulinodépendant bénéficie d’un ajustement thérapeutique régulier nécessitant un praticien expérimenté pour maintenir l’observance thérapeutique et détecter précocement les signes de décompensation.

Les troubles cognitifs sévères représentent un deuxième cas particulier souvent sous-estimé. Contrairement à une idée reçue, un résident atteint d’Alzheimer à un stade avancé peut conserver une forme de mémoire affective et émotionnelle qui le lie à son médecin traitant historique. Cette dimension relationnelle influence directement la qualité de la prise en charge médicale.

Prenons l’exemple de Madame Rousseau, 82 ans, suivie depuis 15 ans par le Dr Legrand pour un diabète de type 2 nécessitant des ajustements réguliers d’insuline. Lors de son entrée en EHPAD à Poissy, sa famille craignait une rupture de suivi. L’établissement a accepté d’organiser un double suivi : le Dr Legrand continue les consultations mensuelles programmées pour le diabète, tandis que le médecin coordonnateur gère le quotidien (tension, renouvellements simples, urgences). Cette organisation a permis de maintenir la qualité du suivi glycémique tout en garantissant une disponibilité médicale sur site.

L’analyse de la rédaction : Face à ces situations médicales complexes, l’organisation d’un double suivi (médecin traitant ou spécialiste pour la pathologie chronique, médecin coordonnateur pour le quotidien et les urgences) représente généralement la solution la plus adaptée. Cette configuration nécessite certes une coordination accrue entre praticiens, mais elle permet de conjuguer expertise spécialisée et réactivité sur site, deux impératifs souvent contradictoires dans l’organisation médicale classique des EHPAD.

Vos questions sur le suivi médical en EHPAD

Vos doutes sur le maintien du médecin en EHPAD

Les consultations du médecin traitant en EHPAD sont-elles remboursées par l’Assurance Maladie ?

Oui, les consultations du médecin traitant en établissement suivent les mêmes règles de prise en charge que les consultations à domicile. Elles sont facturées selon le tarif conventionné (Secteur 1 ou Secteur 2), avec une éventuelle majoration pour déplacement. L’Assurance Maladie rembourse 70 % du tarif de base, le reste étant généralement pris en charge par la mutuelle complémentaire du résident.

L’EHPAD peut-il m’obliger à changer de médecin traitant ?

Non, l’EHPAD ne peut pas vous obliger à changer de médecin traitant : le libre choix du praticien constitue un droit fondamental garanti par la loi. L’établissement peut toutefois refuser pour des raisons organisationnelles légitimes (distance excessive, indisponibilité du médecin, convention médicale spécifique). Une discussion avec la direction permet souvent de trouver une solution adaptée.

Puis-je changer de médecin traitant en cours de séjour EHPAD ?

Oui, vous conservez le droit de changer de médecin traitant à tout moment durant votre séjour, y compris pour désigner le médecin coordonnateur comme nouveau médecin traitant officiel. Il suffit d’en informer la direction de l’EHPAD et de déclarer le nouveau médecin traitant auprès de votre caisse d’Assurance Maladie, via le formulaire Cerfa S3704 disponible sur ameli.fr ou directement en ligne depuis votre compte personnel.

Qui gère les urgences médicales la nuit ou le week-end en EHPAD ?

Les urgences en dehors des horaires ouvrables sont gérées par le médecin coordonnateur via un système d’astreinte, par un médecin régulateur en télémédecine, ou par le service d’urgences hospitalier (SAMU). Le médecin traitant externe n’assure généralement pas les astreintes nocturnes ou de week-end.

Le médecin coordonnateur peut-il devenir mon médecin traitant officiel auprès de l’Assurance Maladie ?

Oui, si vous le souhaitez, vous pouvez déclarer le médecin coordonnateur comme votre médecin traitant officiel auprès de l’Assurance Maladie. Cette déclaration simplifie les démarches administratives et garantit le respect du parcours de soins coordonné, avec un remboursement optimal de vos consultations et examens médicaux. Cette déclaration reste révocable à tout moment si vous souhaitez ultérieurement désigner un autre praticien.

ℹ Ce qu’il faut retenir sur vos droits médicaux en EHPAD

  • Ce guide ne remplace pas un échange avec la direction de l’EHPAD et votre médecin traitant sur votre situation personnelle
  • Les modalités pratiques varient selon les établissements et leur convention médicale
  • Chaque situation médicale nécessite une analyse spécifique (pathologies chroniques, polypathologies, besoins spécialisés)

Pour toute décision concernant l’organisation de votre suivi médical, consultez le médecin traitant, la direction de l’EHPAD concerné, ou le médecin coordonnateur de l’établissement.

Rédigé par Marguerite Lavergne, rédactrice spécialisée dans les problématiques de santé des seniors et l'accompagnement des aidants familiaux, s'attachant à décrypter les réglementations EHPAD et à rendre accessibles les droits des résidents et de leurs proches