La perspective de la retraite soulève une question financière majeure : comment sécuriser son logement avant de voir ses revenus diminuer ? Avec une pension moyenne de 1626 € bruts mensuels en France selon la DREES, la charge d’un loyer ou d’un crédit immobilier peut représenter un poids considérable pour votre budget futur. L’acquisition d’une résidence principale avant le passage à la retraite constitue donc un enjeu patrimonial de premier plan. Pourtant, emprunter après 50 ans présente des défis spécifiques : calcul de capacité d’emprunt ajusté, coût d’assurance décès-invalidité élevé, et exigences bancaires renforcées. Cette démarche nécessite une préparation minutieuse et une connaissance approfondie des mécanismes financiers qui régissent l’accès au crédit pour les seniors. Comprendre ces enjeux vous permettra d’optimiser votre projet immobilier et de franchir cette étape décisive dans les meilleures conditions.

Calcul de la capacité d’emprunt immobilier selon l’âge et les revenus pré-retraite

La capacité d’emprunt représente le montant maximal que vous pouvez obtenir auprès d’une banque pour financer votre acquisition immobilière. Ce calcul devient particulièrement complexe lorsque vous approchez de la retraite, car les établissements bancaires doivent anticiper la baisse de vos revenus. Contrairement à un emprunteur de 30 ans dont le salaire est considéré comme stable sur la durée du prêt, votre situation nécessite des projections financières plus élaborées. Les banques analysent non seulement vos revenus actuels, mais également vos futurs droits à la retraite pour s’assurer de votre solvabilité tout au long du remboursement.

Taux d’endettement maximum de 35% : application du HCSF pour les emprunteurs seniors

Depuis janvier 2021, le Haut Conseil de Stabilité Financière impose un taux d’endettement maximal de 35% incluant l’assurance emprunteur. Cette règle s’applique rigoureusement aux seniors, avec une particularité : les banques calculent ce taux non sur vos revenus actuels, mais sur vos revenus prévisionnels à la retraite. Si vous gagnez 3500 € nets mensuels aujourd’hui, l’établissement bancaire appliquera généralement un coefficient de 70% pour estimer votre future pension, soit 2450 €. Votre capacité d’endettement sera donc calculée sur cette base réduite : 2450 € × 35% = 857,50 € maximum de mensualité, assurance comprise. Cette approche prudente peut réduire significativement le montant empruntable, même si votre situation financière actuelle est confortable.

Durée d’emprunt optimale entre 50 et 60 ans : arbitrage entre mensualités et coût total du crédit

La durée d’emprunt constitue un paramètre crucial pour équilibrer vos mensualités et le coût global de votre crédit. Entre 50 et 60 ans, vous disposez généralement d’une fenêtre de 10 à 20 ans pour rembourser votre prêt immobilier. Un emprunt sur 15 ans à 60 ans implique un remboursement jusqu’à 75 ans, limite souvent imposée par les assureurs. Cette contrainte temporelle génère des mensualités plus élevées qu’un prêt sur 25 ans, mais présente l’avantage de réduire

le coût total des intérêts. À l’inverse, raccourcir encore la durée (10 ou 12 ans) permet de limiter fortement le coût du crédit, mais suppose d’accepter des mensualités très élevées par rapport à vos revenus pré-retraite. L’enjeu consiste donc à trouver un équilibre entre une mensualité supportable aujourd’hui, une charge soutenable demain à la retraite, et un coût global du financement cohérent avec la valeur du bien et votre horizon de vie. Il peut être pertinent de simuler plusieurs scénarios avec votre banque ou un courtier pour comparer l’impact d’un prêt sur 12, 15 ou 18 ans, en intégrant systématiquement l’assurance emprunteur.

Une stratégie souvent recommandée consiste à emprunter sur une durée relativement longue pour bénéficier de mensualités modérées, puis à procéder à des remboursements anticipés partiels lorsque vous disposez de liquidités (prime, héritage, épargne disponible). Vous conservez ainsi de la souplesse budgétaire tout en réduisant progressivement le coût global de votre crédit. À l’approche de la retraite, un réaménagement de la durée ou du taux peut également être envisagé si les conditions de marché sont favorables et que votre profil reste attractif pour les banques.

Coefficient de revenus de remplacement : passage du salaire à la pension dans le calcul bancaire

L’un des points les plus spécifiques au crédit immobilier avant la retraite est l’application par les banques d’un coefficient de revenus de remplacement. Concrètement, l’établissement ne prend pas en compte 100 % de vos salaires actuels, mais une fraction censée refléter votre future pension. Dans la plupart des dossiers, ce coefficient est de l’ordre de 70 % pour un salarié du privé, mais il peut varier selon votre statut (fonctionnaire, indépendant, profession libérale) et votre historique de cotisation.

Cette méthode permet à la banque d’anticiper la baisse de revenus à la retraite et de vérifier que la mensualité de crédit restera supportable dans ce nouveau contexte. Elle s’appuie généralement sur les relevés de carrière, les estimations de pension fournies par les caisses de retraite, voire sur des simulations réalisées via le site Info-Retraite. Si vous êtes à moins de 5 ans du départ, vous aurez intérêt à produire des justificatifs précis de vos droits pour optimiser ce calcul : un régime de fonctionnaire, par exemple, peut offrir un taux de remplacement plus élevé qu’un parcours très hétérogène dans le privé.

Vous vous demandez comment augmenter votre capacité d’emprunt malgré cette décote implicite de vos revenus ? Il est souvent utile de mettre en avant d’autres ressources régulières (revenus fonciers existants, pensions alimentaires perçues, revenus de placements) ou de démontrer une forte capacité d’épargne actuelle. Certaines banques acceptent en effet de tenir compte de votre effort d’épargne mensuel comme d’un indicateur de votre discipline budgétaire, ce qui peut légèrement assouplir leur analyse de votre taux d’endettement futur.

Reste à vivre et quotient familial : impact sur l’acceptation du dossier de prêt

Au-delà du taux d’endettement de 35 %, la plupart des établissements regardent avec attention votre reste à vivre, c’est-à-dire la somme qui vous restera chaque mois une fois payés le crédit immobilier, les autres emprunts en cours et les charges incompressibles. Pour un couple proche de la retraite, les banques exigent généralement un reste à vivre minimal plus élevé que pour un jeune actif, afin de tenir compte de dépenses de santé potentiellement accrues et de marges de manœuvre plus limitées en cas de coup dur.

Le quotient familial entre également en ligne de compte : un emprunteur qui a encore des enfants à charge, même s’il approche de la retraite, sera perçu comme moins disponible financièrement qu’un couple dont les enfants sont déjà autonomes. C’est l’une des raisons pour lesquelles les profils de jeunes seniors sans charges de famille et avec un petit patrimoine déjà constitué sont souvent très appréciés des banques. Pour optimiser votre dossier, il peut être pertinent de solder d’abord certains crédits à la consommation ou un prêt auto, afin de dégager davantage de reste à vivre et d’améliorer votre profil de risque.

Enfin, les banques analysent votre train de vie global : habitudes de découvert, placements existants, ancienneté dans la banque, stabilité professionnelle. Un compte correctement géré, une épargne régulière sur assurance-vie ou livret, et l’absence d’incidents de paiement au cours des douze derniers mois sont des atouts majeurs. N’hésitez pas à anticiper de 6 à 12 mois votre projet immobilier pour « assainir » votre situation bancaire avant de déposer une demande de prêt.

Assurance emprunteur et garanties bancaires pour les acquisitions après 50 ans

Si l’accès au crédit immobilier après 50 ans reste possible, c’est bien souvent l’assurance emprunteur qui vient compliquer l’équation. Les contrats groupes des banques prévoient en effet des limites d’âge strictes et une tarification qui augmente sensiblement avec les années. Pourtant, sécuriser votre achat immobilier avant la retraite passe obligatoirement par une couverture adaptée en cas de décès ou d’invalidité, sauf à disposer d’un patrimoine suffisant pour rassurer la banque autrement. Comprendre le fonctionnement de cette assurance et les alternatives existantes vous permettra de réduire son coût tout en préservant votre niveau de protection.

Surprime d’assurance décès-invalidité : mécanismes de tarification par tranche d’âge

Les assureurs appliquent une tarification par tranche d’âge, ce qui signifie que le taux d’assurance augmente mécaniquement à mesure que vous vieillissez. À 50 ans, le coût peut se situer autour de 0,40 à 0,60 % du capital emprunté sur 10 ans ; il peut facilement doubler à 60 ans, voire davantage en présence de pathologies. Cette surprime reflète statistiquement le risque accru de décès ou d’invalidité, mais elle peut faire exploser le coût total du crédit et, parfois, conduire au dépassement du taux d’usure réglementaire, rendant le financement impossible.

Pour un emprunteur proche de la retraite, il est donc crucial de comparer le coût global assurance incluse et non le seul taux nominal du prêt. Un crédit légèrement plus cher mais assorti d’une assurance compétitive peut s’avérer au final plus intéressant qu’une offre bancaire très agressive sur le taux mais accompagnée d’un contrat groupe onéreux. N’oubliez pas que l’assurance est calculée soit sur le capital initial, soit sur le capital restant dû : ce mode de calcul influence fortement le montant de vos cotisations au fil des années et doit être intégré à vos simulations.

Les surprimes peuvent également provenir du questionnaire médical, notamment en cas d’antécédents cardiovasculaires, de diabète ou de traitements lourds. Dans ce cas, plusieurs stratégies sont envisageables : négocier la portée des exclusions, accepter une couverture partielle (par exemple décès seul, sans invalidité), ou rechercher des assureurs spécialisés sur les profils seniors, plus enclins à évaluer finement le risque plutôt qu’à appliquer des grilles standardisées.

Délégation d’assurance via cardif, malakoff humanis ou MetLife : économies réalisables

Depuis les réformes successives (loi Lagarde, loi Hamon, amendement Bourquin), vous n’êtes plus tenu d’accepter l’assurance groupe proposée par votre banque. Vous pouvez opter pour une délégation d’assurance auprès d’un assureur externe comme Cardif, Malakoff Humanis, MetLife ou d’autres acteurs spécialisés. Pour les emprunteurs de plus de 50 ans, cette démarche peut générer des économies substantielles, parfois de l’ordre de 30 à 50 % sur le coût total de l’assurance.

Concrètement, l’assureur externe propose un contrat dont les garanties sont au moins équivalentes à celles exigées par la banque (décès, PTIA, éventuellement IPT ou ITT selon votre situation). Si l’équivalence de garanties est respectée, la banque ne peut pas refuser votre choix. Vous conservez votre prêt immobilier, mais vos cotisations d’assurance sont prélevées par ce nouvel assureur, souvent à un tarif plus favorable et avec une tarification individualisée tenant compte de votre profil précis plutôt que d’une moyenne de groupe.

Pour maximiser les économies, il est pertinent de comparer plusieurs offres de délégation d’assurance en amont de votre demande de prêt, en fournissant des informations médicales complètes mais exactes. À la clé, la possibilité de réduire significativement votre mensualité globale et donc d’augmenter votre capacité d’emprunt, ou de préserver davantage de reste à vivre une fois à la retraite. Vous pouvez également, après la signature du prêt, changer d’assurance en cours de route, tant que les délais légaux et conditions de résiliation sont respectés.

Quotité d’assurance et co-emprunt : répartition stratégique de la couverture

Lorsque vous empruntez à deux, la question de la quotité d’assurance devient stratégique. La quotité représente la part du capital couverte pour chaque co-emprunteur. Un couple de jeunes actifs optera fréquemment pour un 50/50, mais à l’approche de la retraite, il peut être plus judicieux d’ajuster cette répartition en fonction de l’âge, de l’état de santé et des revenus de chacun. Par exemple, si l’un des conjoints est plus jeune et en meilleure santé, le porter à 70 ou 80 % d’assurance, et réduire la quotité du conjoint plus âgé, permet de limiter le coût total tout en maintenant une bonne protection.

Il est également possible de choisir une couverture à 100 % sur chaque tête, ce qui garantit, en cas de décès de l’un des co-emprunteurs, le remboursement intégral du prêt par l’assureur. Cette solution est plus coûteuse, mais elle apporte une sécurité maximale au conjoint survivant, qui n’aura plus de mensualité à assumer sur la résidence principale. À l’inverse, une quotité globale inférieure à 100 % (par exemple 60 % + 40 %) réduira le coût de l’assurance, mais laissera à la charge du survivant une partie du capital restant dû.

Avant de trancher, interrogez-vous : en cas de décès ou d’invalidité de l’un d’entre vous, le conjoint pourrait-il assumer seul une partie des mensualités avec sa pension de réversion et ses propres revenus ? Si la réponse est non, mieux vaut privilégier une quotité élevée, quitte à accepter un coût d’assurance plus important. Dans tous les cas, faites des simulations chiffrées en intégrant le niveau de retraite estimé de chacun pour mesurer l’impact réel de vos choix.

Questionnaire médical et formalités de santé : convention AERAS pour les profils à risque

Au-delà de 50 ans, le questionnaire médical devient quasiment systématique pour tout crédit immobilier significatif. Vous devrez déclarer vos antécédents de santé, traitements en cours, éventuelles hospitalisations récentes. Selon les montants empruntés et votre âge, des examens complémentaires (bilan sanguin, électrocardiogramme, rapport médical) peuvent être exigés. Cette étape, parfois perçue comme intrusive, est pourtant incontournable pour obtenir une assurance à un tarif adapté et sans exclusion abusive.

Si vous présentez un risque aggravé de santé (cancer guéri, pathologie chronique, affection longue durée), la convention AERAS (s’Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé) peut vous permettre d’accéder malgré tout à une assurance emprunteur. Ce dispositif impose aux assureurs d’examiner votre dossier à plusieurs niveaux et, le cas échéant, de proposer une couverture avec surprime plafonnée. Certaines pathologies bénéficient également du droit à l’oubli après un certain délai sans rechute, ce qui vous autorise à ne plus les déclarer dans le questionnaire.

En parallèle, il est parfois envisageable de substituer une autre garantie à l’assurance classique, surtout si son coût devient prohibitif : hypothèque de premier rang sur un bien déjà payé, nantissement d’une assurance-vie en fonds euros, voire cautionnement par un organisme spécialisé. Ces solutions ne remplacent pas totalement l’assurance décès-invalidité, mais elles peuvent rassurer la banque sur le remboursement du capital en cas de défaillance et faciliter l’acceptation de votre dossier.

Dispositifs fiscaux et aides à l’accession pour sécuriser l’achat avant la retraite

Devenir propriétaire de votre résidence principale avant la retraite ne repose pas uniquement sur votre capacité d’emprunt et votre assurance. Plusieurs dispositifs d’aide à l’accession peuvent alléger le coût de votre projet et sécuriser votre budget sur le long terme. Prêt à taux zéro, Prêt Action Logement, prêt d’accession sociale ou prêt conventionné : bien maîtrisés, ces mécanismes permettent de diminuer vos mensualités, de bénéficier de conditions avantageuses, voire de faciliter l’acceptation de votre dossier par les banques.

Prêt à taux zéro (PTZ) : conditions d’éligibilité et plafonds de ressources selon les zones A, B et C

Le Prêt à Taux Zéro (PTZ) est un prêt sans intérêts destiné à favoriser l’accession à la propriété des ménages n’ayant pas été propriétaires de leur résidence principale au cours des deux dernières années. Il est particulièrement intéressant pour les foyers aux revenus modestes ou intermédiaires, y compris les futurs retraités encore en activité. Le montant du PTZ dépend de la zone géographique du bien (zones A, B1, B2, C), de la composition du ménage et du coût total de l’opération, dans la limite de plafonds régulièrement révisés par l’État.

Pour être éligible, vos ressources ne doivent pas dépasser un certain plafond, calculé en fonction du revenu fiscal de référence et du nombre de personnes destinées à occuper le logement. En zone A (régions tendues comme l’Île-de-France), les plafonds sont plus élevés qu’en zone C (territoires ruraux ou petites villes), ce qui permet à davantage de ménages de bénéficier du PTZ là où les prix de l’immobilier sont les plus élevés. Le PTZ ne peut financer qu’une partie de votre achat, mais il vient en complément d’un prêt principal, réduisant ainsi le coût global et vos mensualités.

Pour un projet avant la retraite, le PTZ est particulièrement pertinent si vous visez un bien neuf ou ancien avec travaux dans une zone éligible. Il vous aide à conserver une partie de votre épargne de précaution, précieuse pour affronter d’éventuelles dépenses de santé ou travaux imprévus une fois à la retraite. Même si vous avez plus de 50 ans, rien ne vous interdit d’en bénéficier si vous remplissez les conditions de ressources et de primo-accession.

Prêt action logement : modalités d’accès pour les salariés du secteur privé

Si vous êtes salarié du secteur privé non agricole dans une entreprise de plus de 10 salariés, vous pouvez potentiellement bénéficier d’un Prêt Action Logement (anciennement 1 % logement). Ce prêt complémentaire, accordé à un taux très avantageux, permet de financer une partie de l’acquisition ou de la construction de votre résidence principale. Son montant dépend notamment de la zone géographique, du type d’opération et parfois de la politique interne de votre entreprise ou de l’organisme collecteur.

Le Prêt Action Logement est particulièrement utile pour les actifs de 50 à 60 ans qui envisagent de devenir propriétaires avant la retraite. Il vient souvent en complément d’un prêt bancaire classique et d’un éventuel PTZ, réduisant d’autant la part du financement à taux de marché. À l’image d’un puzzle financier, chaque « brique » de prêt bonifié diminue vos mensualités et renforce la soutenabilité de votre projet une fois à la retraite.

Pensez à vous rapprocher du service des ressources humaines de votre entreprise ou directement d’Action Logement pour connaître vos droits et les démarches à accomplir. Un dossier bien monté, combinant prêt principal, PTZ et Prêt Action Logement, envoie un signal positif à la banque : il montre que vous avez mobilisé toutes les aides disponibles pour sécuriser votre accession à la propriété.

Prêt d’accession sociale (PAS) et prêt conventionné : avantages pour les revenus modestes

Pour les ménages dont les revenus se situent en dessous de certains plafonds, le Prêt d’Accession Sociale (PAS) peut constituer une solution intéressante. Accordé par des banques ayant signé une convention avec l’État, il permet de financer l’intégralité de l’achat (hors frais de notaire) de votre résidence principale, avec des taux plafonnés et des conditions d’accès plus souples. Surtout, le PAS ouvre droit à l’APL accession sous conditions, un atout non négligeable si vos revenus diminuent au moment de la retraite.

Le prêt conventionné, quant à lui, n’est pas soumis à des plafonds de ressources, mais il ouvre également la porte à l’APL accession et peut financer jusqu’à 100 % du coût d’acquisition (hors frais de notaire). Pour un futur retraité, ces dispositifs offrent un cadre sécurisé, avec des conditions de remboursement adaptées et une reconnaissance officielle de l’État, ce qui rassure les banques et facilite l’instruction du dossier.

Ces prêts peuvent être combinés avec un PTZ ou un Prêt Action Logement, dans la limite de votre capacité d’endettement. Ils s’adressent tout particulièrement aux ménages modestes ou moyens qui souhaitent figer le coût de leur logement avant la retraite, en évitant les aléas d’un loyer qui augmente ou d’un marché locatif tendu. Avant de vous lancer, n’hésitez pas à réaliser plusieurs simulations avec un courtier ou un conseiller bancaire pour comparer les différents montages possibles.

Stratégies patrimoniales de remboursement anticipé et transmission du bien

Devenir propriétaire avant la retraite ne se limite pas à signer un acte de vente et à rembourser un crédit : c’est aussi réfléchir à la gestion patrimoniale de votre bien sur le long terme. Souhaitez-vous solder votre prêt le plus tôt possible pour alléger votre budget de retraité, ou au contraire conserver un crédit modulable afin d’optimiser votre fiscalité et votre épargne ? Comment organiser la transmission de ce logement à vos enfants tout en préservant votre confort de vie ? Autant de questions à anticiper pour tirer pleinement parti de votre investissement immobilier.

Le remboursement anticipé partiel est l’un des leviers les plus efficaces pour réduire le coût total de votre crédit. En injectant ponctuellement une somme issue d’une prime, d’un héritage ou de la vente d’un autre bien, vous diminuez le capital restant dû et donc le montant des intérêts futurs. À 55 ou 60 ans, cette stratégie permet parfois de raccourcir la durée de plusieurs années, de sorte que vous arriviez à la retraite avec un prêt presque ou totalement remboursé. Veillez toutefois à vérifier les éventuelles indemnités de remboursement anticipé prévues dans votre offre de prêt.

Sur le plan de la transmission, plusieurs montages peuvent être envisagés : donation simple de la nue-propriété à vos enfants en conservant l’usufruit, passage en indivision, ou encore création d’une SCI familiale pour gérer plus aisément le patrimoine immobilier. Le démembrement de propriété, en particulier, permet de réduire la base taxable aux droits de donation, puisque ceux-ci sont calculés sur la seule valeur de la nue-propriété, déterminée en fonction de votre âge. Vous continuez à occuper le bien ou à en percevoir les loyers, tandis que vos héritiers verront la pleine propriété se reconstituer à votre décès, sans droits supplémentaires à payer.

Enfin, n’oubliez pas qu’un bien immobilier peut aussi être mobilisé en cas de besoin important de liquidités à un âge avancé : prêt hypothécaire, vente en viager, ou vente avec maintien dans les lieux (type vente à réméré ou contrat spécifique). Ces solutions doivent être maniées avec précaution, mais elles illustrent le rôle central de la résidence principale dans votre stratégie patrimoniale globale. Un rendez-vous avec un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine peut vous aider à arbitrer entre les différentes options en fonction de votre situation familiale et de vos objectifs.

Arbitrages géographiques et typologie de biens pour optimiser le rapport qualité-prix

Au moment de devenir propriétaire avant la retraite, le choix du bien et de sa localisation est tout aussi important que le montage financier. Faut-il acheter là où vous travaillez encore, ou anticiper un futur déménagement vers une région plus abordable et plus agréable pour vos vieux jours ? Appartement en centre-ville, maison à la campagne, résidence de services pour seniors : chaque option présente des avantages et des contraintes qu’il convient de peser soigneusement.

Sur le plan géographique, s’éloigner des grandes métropoles peut permettre d’acquérir un logement plus grand ou mieux placé pour un budget identique. Des villes moyennes bien desservies, avec hôpitaux, commerces et transports en commun, offrent souvent un excellent rapport qualité-prix pour une résidence principale de retraité. À l’inverse, rester en zone très tendue garantit une meilleure liquidité en cas de revente, mais au prix d’un effort financier plus important, qui peut peser sur votre niveau de vie à la retraite.

La typologie du bien doit également être adaptée à vos besoins actuels et futurs. Un appartement en étage élevé sans ascenseur, une maison avec grand jardin à entretenir ou un logement éloigné des commodités peuvent devenir de véritables contraintes avec l’âge. À l’inverse, un appartement de taille raisonnable, bien isolé, proche des commerces et des transports, dans un immeuble équipé d’un ascenseur, facilitera votre quotidien et limitera vos dépenses d’entretien. N’hésitez pas à vous projeter à 10 ou 20 ans : ce logement sera-t-il toujours pratique si votre mobilité diminue ?

Certains seniors font aussi le choix d’acheter un bien dans une résidence services pour seniors ou une résidence intergénérationnelle, soit pour l’occuper eux-mêmes à terme, soit pour le mettre d’abord en location. Ce type de logement offre un environnement adapté (accessibilité, sécurité, services mutualisés), mais nécessite une analyse fine des charges et de la solidité du gestionnaire. Là encore, l’arbitrage se fait entre confort de vie, potentiel de revente et niveau de dépenses courantes.

Risques financiers post-acquisition : charges de copropriété, taxe foncière et travaux imprévus

Une fois propriétaire de votre résidence principale, le principal risque n’est plus tant le crédit lui-même que l’ensemble des charges récurrentes qui y sont associées. Pour que votre retraite se déroule sereinement, il est indispensable d’anticiper le poids des charges de copropriété, de la taxe foncière, des travaux d’entretien et des éventuelles mises aux normes (notamment énergétiques). Un bien acheté au prix fort mais coûteux à entretenir peut rapidement grever un budget de retraité, même sans loyer à payer.

En copropriété, examinez attentivement les procès-verbaux d’assemblée générale des trois dernières années avant d’acheter. Ils vous renseigneront sur les travaux déjà votés, les projets à venir (ravalement, toiture, ascenseur, isolation thermique) et le niveau de tension ou d’impayés dans la copropriété. Un immeuble mal géré, avec un syndic défaillant ou de nombreux copropriétaires en difficulté, est un signal d’alerte : il peut présager de travaux importants et de hausses de charges à moyen terme, peu compatibles avec un budget de retraite serré.

La taxe foncière est un autre poste à ne pas sous-estimer, surtout dans les grandes agglomérations où elle a tendance à augmenter. Renseignez-vous auprès de la mairie sur les évolutions récentes et les projets d’investissement locaux, qui peuvent se traduire à terme par une fiscalité plus lourde. Intégrez cette dépense dans vos simulations de budget à la retraite, au même titre que vos dépenses de santé, d’assurance habitation et de charges de copropriété.

Enfin, gardez en tête qu’un logement nécessite un entretien régulier : chaudière, toiture, menuiseries, électricité, isolation… Pour éviter les mauvaises surprises, il est prudent de constituer une épargne de précaution dédiée aux travaux, idéalement sur un support liquide et sécurisé. Une règle simple consiste à mettre de côté chaque année entre 1 et 2 % de la valeur du bien pour faire face aux dépenses imprévues. Cette « cagnotte travaux » vous permettra d’aborder sereinement les années de retraite, même si un remplacement de chaudière, une infiltration d’eau ou une mise aux normes s’imposent soudainement.