La perte progressive d’autonomie motrice touche aujourd’hui près de 1,5 million de personnes en France, un chiffre qui devrait doubler d’ici 2050 selon les projections de l’INSEE. Face à cette réalité démographique incontournable, l’adaptation du logement devient une nécessité pour maintenir l’indépendance et la sécurité des personnes à mobilité réduite. Les chutes représentent la première cause de décès accidentel chez les plus de 65 ans, avec plus de 9000 décès annuels recensés par Santé Publique France. L’aménagement préventif du domicile constitue donc un enjeu majeur de santé publique, permettant de réduire de 30% les risques d’accidents domestiques tout en préservant la dignité et l’autonomie des personnes concernées. Entre solutions technologiques innovantes, adaptations architecturales réglementées et dispositifs d’aide au quotidien, les possibilités d’aménagement se sont considérablement diversifiées ces dernières années, offrant des réponses personnalisées à chaque situation de handicap ou de vieillissement.
Évaluation ergothérapique du domicile pour la perte d’autonomie motrice
L’évaluation professionnelle du logement par un ergothérapeute diplômé d’État représente la première étape indispensable avant tout projet d’aménagement. Cette intervention spécialisée permet d’identifier précisément les obstacles architecturaux, les zones à risque et les besoins spécifiques de la personne en perte d’autonomie. En 2024, les données de la Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques indiquent que seulement 42% des personnes éligibles bénéficient d’une telle évaluation avant d’engager des travaux, ce qui conduit souvent à des aménagements inadaptés ou incomplets.
Grille AGGIR et diagnostic des limitations fonctionnelles
La grille AGGIR (Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources) constitue l’outil de référence national pour évaluer le degré de dépendance des personnes âgées. Ce système de classification distingue six niveaux, du GIR 1 (dépendance totale) au GIR 6 (autonomie complète). L’ergothérapeute utilise cette grille en complément d’autres outils d’évaluation fonctionnelle pour dresser un bilan exhaustif des capacités motrices, cognitives et sensorielles. Cette approche multidimensionnelle examine dix variables discriminantes, incluant la cohérence, l’orientation, la toilette, l’habillage, l’alimentation, l’élimination, les transferts, les déplacements intérieurs et extérieurs, ainsi que la communication à distance. Les résultats permettent non seulement de déterminer l’éligibilité à l’Allocation Personnalisée d’Autonomie, mais surtout d’identifier les aménagements prioritaires pour compenser les déficiences constatées.
Analyse des points de risque de chute dans l’habitat
L’identification systématique des dangers potentiels constitue le cœur du diagnostic ergothérapique. Les statistiques révèlent que 80% des chutes surviennent dans quatre zones critiques du logement : la salle de bain, la cuisine, les escaliers et les chambres. L’ergothérapeute examine minutieusement l’éclairage naturel et artificiel, les revêtements de sol, les différences de niveau, les obstacles à la circulation comme les tapis non fixés ou les meubles mal positionnés. Chaque pièce fait l’objet d’une analyse spécifique
afin de repérer les points noirs de la mobilité : seuils de portes trop hauts, marches isolées, couloirs encombrés, absence de main courante, hauteurs de meubles inadaptées. Des tests simples, comme demander à la personne de se lever sans appui, de faire demi-tour dans un couloir ou de se coucher sur le lit, permettent de mesurer concrètement le risque de chute. L’ergothérapeute documente ces observations à l’aide de photos, de schémas et parfois de vidéos, ce qui facilite ensuite le chiffrage des travaux et la priorisation des aménagements. L’objectif est de transformer un environnement potentiellement dangereux en un parcours sécurisé, fluide et prévisible au quotidien.
Mesures anthropométriques et évaluation des transferts posturaux
Au-delà du repérage des risques de chute, l’évaluation ergothérapique comprend une phase de mesures précises, dites anthropométriques. Il s’agit de mesurer la taille, la longueur des segments de membres, la hauteur d’assise idéale, mais aussi l’amplitude articulaire et la force musculaire lors des principaux transferts posturaux (lit-fauteuil, fauteuil-WC, fauteuil-douche, position assise-debout). Concrètement, l’ergothérapeute va par exemple mesurer la hauteur actuelle du lit, du fauteuil ou de la cuvette de WC et la comparer aux capacités de flexion de hanches et de genoux de la personne.
Ces données chiffrées sont essentielles pour paramétrer correctement les aides techniques (hauteur d’un rehausseur de WC, dimensions d’un siège de douche, réglage d’un lit médicalisé) et pour anticiper l’évolution de la mobilité sur plusieurs années. Un transfert qui demande déjà un effort majeur aujourd’hui risque de devenir impossible après un épisode de décompensation, une hospitalisation ou une fracture. En ajustant les hauteurs et les appuis au centimètre près, on réduit considérablement la fatigue, les douleurs et le risque de glissade ou de chute. On peut comparer ce travail à celui d’un tailleur qui ajuste un costume : quelques centimètres de trop ou de moins suffisent à rendre le mouvement inconfortable ou dangereux.
Lors de ces évaluations de transferts, l’ergothérapeute observe également la coordination, l’équilibre et la capacité à utiliser correctement les aides (cannes, déambulateur, fauteuil roulant). Il peut alors recommander des exercices de renforcement, une rééducation complémentaire avec un kinésithérapeute, ou des adaptations de gestes (par exemple apprendre à se lever en trois temps, ou à pivoter en s’aidant des appuis fixés au mur). Vous voyez ainsi comment un simple passage lit-fauteuil, répété plusieurs fois par jour, peut devenir beaucoup plus sûr grâce à quelques réglages millimétrés.
Protocole de visite à domicile par un ergothérapeute certifié
La visite à domicile suit généralement un protocole structuré, qui garantit une évaluation complète et reproductible. Après un entretien initial pour recueillir l’histoire médicale, les habitudes de vie et les attentes de la personne, l’ergothérapeute réalise un parcours du domicile pièce par pièce. Il note les difficultés rencontrées lors des actes essentiels : se lever, se laver, préparer un repas, accéder au téléphone, ouvrir la porte d’entrée, rejoindre la boîte aux lettres ou les extérieurs. L’observation se fait si possible en situation réelle, afin de ne pas se limiter aux déclarations mais de voir concrètement comment la personne se déplace.
À l’issue de la visite, un compte-rendu détaillé est rédigé, souvent accompagné de préconisations chiffrées (type d’équipement, normes PMR à respecter, devis estimatifs). Ce document sert de base aux demandes d’aides financières (MDPH, caisses de retraite, ANAH, MaPrimeAdapt) et facilite le dialogue avec les artisans ou installateurs spécialisés. Dans de nombreux départements, cette visite ergothérapique peut être partiellement financée, voire intégralement prise en charge pour les personnes âgées ou en situation de handicap, ce qui en fait un investissement à très fort retour en termes de sécurité. C’est un peu l’équivalent d’un bilan énergétique pour votre maison, mais appliqué cette fois à la mobilité et à l’accessibilité du domicile.
Solutions domotiques et aides techniques pour la mobilité réduite
Une fois le diagnostic posé, vient le temps des solutions concrètes. Les technologies dites de domotique, longtemps perçues comme des gadgets, sont devenues de véritables aides techniques à la mobilité et à la sécurité. Automatisation des ouvertures, téléassistance, chemin lumineux, lits médicalisés intelligents : ces équipements permettent de compenser efficacement la perte d’autonomie motrice sans transformer le logement en établissement médicalisé. Bien choisies et bien réglées, ces solutions s’intègrent discrètement dans le quotidien et évitent de nombreux gestes pénibles ou dangereux.
Systèmes de téléassistance filien ADMR et dispositifs d’alerte géolocalisée
Les chutes surviennent souvent de manière imprévisible, et la principale angoisse des proches reste la peur que la personne reste au sol plusieurs heures sans pouvoir appeler à l’aide. Les systèmes de téléassistance comme ceux proposés par Filien ADMR répondent précisément à cette problématique. Un boîtier installé au domicile est relié à une centrale d’écoute disponible 24h/24, et la personne porte sur elle un médaillon ou un bracelet d’alarme. En cas de chute ou de malaise, une simple pression permet d’alerter un opérateur qui contacte immédiatement les proches, les services d’urgence ou un voisin référent.
Les versions les plus récentes incluent des capteurs de chute automatique et des fonctionnalités de géolocalisation en extérieur, utiles pour les personnes encore mobiles mais désorientées (maladie d’Alzheimer, troubles cognitifs). En pratique, cela signifie que si votre parent se perd en allant faire ses courses, l’alarme peut être déclenchée et sa position repérée, ce qui réduit considérablement les temps de recherche et les risques associés. Ce type de dispositif agit comme une ceinture de sécurité invisible : on espère ne jamais s’en servir, mais on est soulagé de savoir qu’elle est là.
Pour que la téléassistance soit réellement efficace, il est essentiel d’accompagner la mise en place par une pédagogie adaptée : montrer comment porter et utiliser le médaillon, vérifier régulièrement le bon fonctionnement de la ligne, tester l’alarme une à deux fois par an. La plupart des solutions Filien ADMR et d’autres opérateurs sont éligibles à certaines aides financières ou à une participation des caisses de retraite, ce qui réduit le coût mensuel à quelques dizaines d’euros pour un niveau de sécurité très élevé.
Volets roulants motorisés somfy et automatisation des ouvertures
Ouvrir et fermer les volets, lever les bras pour atteindre une sangle, se pencher vers une manivelle : ces gestes, anodins pour une personne valide, deviennent rapidement pénibles et dangereux en cas de troubles de l’équilibre ou de faiblesse musculaire. Les volets roulants motorisés, comme ceux proposés par Somfy, représentent une solution simple et très efficace pour sécuriser la gestion de la lumière et de la température tout en évitant des transferts inutiles. Par une simple pression sur une télécommande, un interrupteur mural ou même une application mobile, vous pouvez contrôler l’ensemble des ouvertures de la maison.
Au-delà du confort, l’automatisation des volets participe directement à la prévention des chutes : plus besoin de déplacer un fauteuil près d’une fenêtre, de grimper sur un tabouret ou de traverser un couloir dans la pénombre pour aller fermer les volets le soir. Certains systèmes domotiques permettent aussi de programmer des scénarios : fermeture automatique à la tombée de la nuit, ouverture partielle le matin pour limiter l’éblouissement, ou position « absence » pour simuler une présence. C’est un peu comme si la maison s’adaptait en temps réel à la mobilité réduite de son occupant, sans qu’il ait à y penser.
L’intégration de moteurs Somfy ou équivalents peut se faire sur des volets existants dans de nombreux cas, ce qui évite de lourds travaux. L’ergothérapeute ou l’installateur spécialisé vérifiera toutefois l’accessibilité des commandes, la lisibilité des boutons et la compatibilité avec d’autres équipements (alarme, éclairage connecté, téléassistance), afin de proposer une solution globale de maison connectée sécurisée.
Chemin lumineux au sol avec détecteurs de mouvement crépusculaires
Les levers nocturnes (pour aller aux toilettes, boire un verre d’eau, vérifier un bruit) constituent un moment particulièrement à risque pour les personnes âgées ou à mobilité réduite. La vision est moins bonne, la vigilance diminuée, et allumer un plafonnier trop puissant peut éblouir et désorienter. Le chemin lumineux au sol, constitué de rubans LED basse consommation ou de balises encastrées, offre une réponse à la fois simple et ingénieuse : il matérialise un parcours sécurisé entre le lit et les principales pièces, en s’allumant automatiquement dès qu’un mouvement est détecté.
Les détecteurs de mouvement crépusculaires ajustent l’allumage en fonction de la lumière ambiante : inutile d’éclairer durant la journée, mais dès que la luminosité baisse, le trajet se balise tout seul. L’intensité est volontairement douce pour ne pas agresser les yeux, tout en rendant visibles les obstacles éventuels (tapis, seuils, meubles). Imaginez une sorte de « piste d’atterrissage » lumineuse qui guide vos pas dans la nuit, sans que vous ayez besoin de chercher un interrupteur mural ou une lampe de chevet.
Ce type d’installation est peu intrusif et peut souvent être posé sans gros travaux, notamment grâce aux bandes LED autocollantes ou aux petites bornes à pile. Couplé à des barres d’appui près du lit et dans les sanitaires, le chemin lumineux réduit drastiquement le risque de faux pas nocturnes. C’est une solution particulièrement recommandée pour les personnes sujettes aux vertiges, à l’hypotension orthostatique ou aux troubles cognitifs légers, pour lesquelles la désorientation nocturne est fréquente.
Lits médicalisés électriques avec potence de relevage
Le lit est le lieu où l’on passe le plus de temps lorsqu’on vieillit ou que la mobilité est réduite. Un lit trop bas, trop mou ou sans appuis adaptés peut transformer chaque lever en épreuve, voire en risque de chute. Le lit médicalisé électrique avec potence de relevage répond à ces enjeux en permettant de régler précisément la hauteur, l’inclinaison du dossier et parfois des jambes d’un simple appui sur une télécommande. On peut ainsi ajuster la position pour lire, manger, regarder la télévision, ou faciliter les soins effectués par les professionnels de santé.
La potence de relevage, fixée au cadre du lit, offre une poignée stable pour se hisser et se repositionner sans solliciter exagérément les épaules ou le dos. Pour les aidants familiaux, cette motorisation réduit considérablement l’effort lors des transferts lit-fauteuil ou lors du changement de draps. On peut comparer le lit médicalisé à un « fauteuil de pilote » qui se règle sur mesure, au millimètre près, pour accompagner les mouvements du corps au fil de la journée et de la nuit.
Le choix du modèle (dimensions, nombre de moteurs, type de barrières, matelas adapté au risque d’escarres) doit être fait en lien avec l’ergothérapeute et le médecin, car un lit trop sophistiqué mais mal réglé peut être contre-productif. Des aides financières spécifiques (MDPH, mutuelles, caisses de retraite) existent pour l’acquisition ou la location de ce type d’équipement, souvent pris en charge en partie lorsqu’il est prescrit médicalement. Bien pensé, le lit médicalisé devient un allié du maintien à domicile, plutôt qu’un symbole de perte d’autonomie.
Adaptation architecturale des pièces à vivre selon les normes PMR
Au-delà des aides techniques et de la domotique, l’architecture même du logement doit parfois être repensée pour répondre aux normes PMR (Personnes à Mobilité Réduite). Ces normes, issues notamment de la réglementation accessibilité des bâtiments d’habitation, fixent des largeurs minimales de passage, des pentes maximales de rampes ou encore des zones de giration pour fauteuil roulant. Sans viser nécessairement une conformité totale à la norme comme dans le neuf, s’en inspirer permet de rendre l’habitat plus sûr et plus facilement adaptable dans le temps.
Élargissement des passages de portes à 90 cm minimum
Les portes intérieures des logements anciens mesurent souvent 73 ou 80 cm de large, ce qui suffit pour une personne valide mais devient vite insuffisant pour un fauteuil roulant ou un déambulateur. L’ergonomie recommande une largeur de passage utile d’au moins 83 cm, et la norme PMR fixe généralement l’objectif à 90 cm pour permettre une giration confortable. Élargir une porte peut impliquer de reprendre la cloison, de changer le bloc-porte ou d’opter pour une porte coulissante à galandage, qui libère encore davantage l’espace.
On sous-estime souvent l’impact de quelques centimètres gagnés de chaque côté : un fauteuil qui se coince dans un encadrement oblige à des manœuvres complexes, fatigue l’aidant et augmente le risque de déséquilibre. À l’inverse, un passage fluide permet de conserver une circulation autonome entre les pièces, même lorsque la mobilité se dégrade. Lors de la visite, l’ergothérapeute repère les portes à élargir en priorité (salle de bain, WC, chambre principale), celles qui peuvent être supprimées ou remplacées par un rideau, et celles qui nécessitent simplement une dépose de la moulure ou de l’ouvrant pour gagner quelques précieux centimètres.
Installation de rampes d’accès modulaires conformes à la réglementation handicap
Le moindre dénivelé peut devenir un obstacle infranchissable pour une personne en fauteuil roulant ou marchant difficilement. La réglementation accessibilité recommande des pentes de rampe inférieures à 5 % pour un usage autonome, avec des paliers de repos au-delà de certaines longueurs. Dans l’existant, il est parfois difficile de respecter strictement ces valeurs, mais des rampes d’accès modulaires permettent d’approcher au mieux ces recommandations sans entreprendre de lourds travaux de maçonnerie.
Ces rampes en aluminium ou en composite se posent sur les marches existantes et peuvent être ajustées en longueur, largeur et hauteur. Elles sont particulièrement utiles pour franchir un seuil de porte, une marche à l’entrée ou quelques marches de perron. L’ergothérapeute et l’installateur s’assurent que la surface est antidérapante, que des rebords latéraux empêchent la chute des roues, et que la rampe est correctement fixée pour éviter tout basculement. On peut comparer ces solutions à un « pont amovible » reliant le niveau du trottoir à celui de la maison, permettant au fauteuil de franchir en douceur une différence de niveau autrefois rédhibitoire.
Lorsque l’espace disponible le permet, des rampes maçonnées avec garde-corps peuvent être envisagées, notamment pour une entrée principale très utilisée. Dans ce cas, il est encore plus important de respecter les pentes maximales, les largeurs et les aires de giration définies par la réglementation handicap, afin de garantir un confort d’usage durable pour les années à venir.
Revêtements de sol antidérapants certifiés R10 à R13
Glissades sur un carrelage brillant, tapis qui se replie, parquet trop lisse : le sol est un facteur de risque majeur de chute, en particulier dans la salle de bain, la cuisine et les circulations. Les revêtements antidérapants certifiés R10 à R13 (classification de résistance à la glissance pied chaussé) offrent une adhérence nettement supérieure aux sols standard. Plus l’indice est élevé, plus le sol reste sûr même en présence d’eau ou de graisse, ce qui en fait un choix judicieux pour les pièces humides et les zones d’accès.
Dans une salle de bain sécurisée, on privilégiera par exemple un carrelage R11 ou R12, éventuellement complété par un traitement de surface antiglisse. Pour un couloir ou une chambre, un sol souple (type PVC antidérapant) peut amortir les chocs en cas de chute tout en facilitant le roulage d’un déambulateur ou d’un fauteuil. L’ergothérapeute veillera à éviter les différences de niveau entre pièces, à supprimer les barres de seuil saillantes et à fixer les tapis indispensables avec des bandes antiglisse. C’est un peu comme passer d’une route verglacée à une chaussée sèche : le confort et la sécurité ressentis changent du tout au tout.
Rehausseurs de WC et barres d’appui murales scellées
Les toilettes représentent un lieu à haut risque de chute, en raison de la faible hauteur d’assise, de l’espace réduit et des efforts nécessaires pour se lever. L’installation d’un rehausseur de WC permet d’augmenter la hauteur de la cuvette de plusieurs centimètres (souvent entre +6 et +12 cm), réduisant ainsi la flexion des hanches et des genoux au moment de s’asseoir et de se relever. Associé à des barres d’appui murales scellées, ce dispositif transforme un geste délicat en mouvement beaucoup plus contrôlé et sécurisé.
Les barres d’appui doivent être positionnées à la bonne hauteur et au bon endroit, ce qui suppose une analyse personnalisée de la façon dont la personne se lève : préfère-t-elle tirer, pousser, s’appuyer latéralement ? L’ergothérapeute choisit des modèles rigides, fixés solidement dans la maçonnerie (et non sur de simples plaques de plâtre), afin de supporter le poids sans risque d’arrachement. Dans certains cas, des cadres de maintien posés au sol peuvent compléter le dispositif, notamment lorsque les murs sont fragiles ou trop éloignés de la cuvette.
Il est important de tester la configuration en situation réelle avec la personne, car quelques centimètres de différence dans la hauteur du rehausseur ou dans l’angle de la barre peuvent bouleverser le confort d’usage. Là encore, on retrouve cette logique de sur-mesure fonctionnel : les équipements ne sont pas choisis en fonction d’un catalogue, mais en fonction du corps et des gestes de la personne.
Équipements de transfert vertical et horizontal
Lorsque la mobilité est très réduite, voire quasi nulle, les équipements de transfert deviennent indispensables pour assurer des passages sécurisés entre le lit, le fauteuil, le fauteuil roulant, le siège de douche ou les toilettes. Ces dispositifs, qui vont du simple disque de pivot jusqu’au lève-personne électrique sur rail plafonnier, permettent de limiter fortement le risque de chute et de préserver la santé des aidants. Sans eux, chaque transfert sollicite le dos, les épaules et les genoux, avec un risque d’accident autant pour la personne aidée que pour l’aidant.
Les transferts verticaux (passage assis-debout, élévation pour changer un vêtement ou un change) peuvent être facilités par des releveurs de siège, des verticalisateurs ou des fauteuils releveurs électriques. Ces équipements accompagnent le mouvement de redressement, comme un ascenseur qui ferait le premier tiers du trajet à votre place. Pour les transferts horizontaux, des planches de transfert, des rails de glisse ou des lève-personnes sur roues permettent de déplacer une personne d’un plan à un autre sans portage direct.
Dans les situations de dépendance sévère (GIR 1 ou 2), les rails plafonniers installés au-dessus du lit et de la salle de bain permettent de réaliser des transferts quasi sans effort, avec un confort maximal et une grande sécurité. L’ergothérapeute joue ici un rôle central pour choisir le bon type d’équipement, l’implanter au bon endroit et former les aidants familiaux ou professionnels à son utilisation. Un mauvais usage d’un lève-personne peut en effet être source de chute ou de traumatisme ; à l’inverse, bien utilisé, il transforme le quotidien en réduisant la pénibilité des soins et en permettant de maintenir des soins de nursing de qualité au domicile plutôt qu’en institution.
Financement des travaux via MaPrimeAdapt et crédit d’impôt handicap
La question du financement est souvent le principal frein à la mise en œuvre des travaux d’adaptation du logement. Pourtant, plusieurs dispositifs publics ont été renforcés ces dernières années pour encourager le maintien à domicile et la prévention de la perte d’autonomie. MaPrimeAdapt, opérationnelle à partir de 2024, vise précisément à soutenir les propriétaires occupants ou bailleurs qui engagent des travaux d’accessibilité pour une personne âgée ou en situation de handicap. Cette aide, cumulable avec d’autres dispositifs, peut couvrir une part importante du coût des aménagements prioritaires.
Pour être éligibles, les travaux doivent être réalisés par des entreprises certifiées RGE ou spécialisées dans l’accessibilité, et s’inscrire dans un projet cohérent validé par un professionnel (ergothérapeute, architecte, opérateur ANAH). Sont concernés, par exemple, la création d’une douche à l’italienne sécurisée, la pose de mains courantes et de barres d’appui, l’élargissement de portes, l’installation de rampes d’accès, ou l’adaptation de l’éclairage. MaPrimeAdapt fonctionne sur la base de plafonds de ressources, avec des taux de prise en charge pouvant aller jusqu’à 50 ou 70 % pour les ménages les plus modestes. Autrement dit, un projet de 10 000 € de travaux peut, dans certains cas, revenir à 3 000 € à la charge du ménage.
En complément, un crédit d’impôt pour l’adaptation du logement et l’accessibilité existe pour certaines dépenses d’équipements spécialement conçus pour les personnes âgées ou handicapées : sièges de douche, surélévateurs de WC, mains courantes, systèmes de motorisation des volets, etc. Ce crédit permet de déduire de l’impôt sur le revenu une partie des sommes dépensées, sous réserve de respecter les listes et conditions fixées par l’administration fiscale. Même lorsque le foyer est non imposable, certaines aides peuvent prendre la forme de chèques ou de remboursements, d’où l’importance de se renseigner auprès de sa caisse de retraite, de la MDPH ou d’un point d’information local (Point Conseil Budget, France Services).
Dans la pratique, monter un dossier de financement peut sembler complexe. C’est pourquoi de nombreux territoires s’appuient désormais sur des guichets uniques ou des opérateurs d’assistance à maîtrise d’ouvrage qui accompagnent les ménages dans les démarches : estimation des travaux, recherche des aides mobilisables, constitution des dossiers, suivi administratif. Ne pas se faire accompagner, c’est un peu comme vouloir monter seul un dossier de prêt immobilier : possible, mais souvent plus long et moins avantageux. L’ergothérapeute, encore une fois, peut jouer un rôle de pivot en orientant vers les bons interlocuteurs et en fournissant les justificatifs techniques nécessaires.
Maintien à domicile avec services d’aide SSIAD et portage de repas
Les meilleures adaptations architecturales et domotiques ne suffisent pas toujours. Pour que le maintien à domicile soit viable dans la durée, il doit s’accompagner de services humains adaptés au degré de perte d’autonomie. Les SSIAD (Services de Soins Infirmiers À Domicile) et les services d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD) jouent ici un rôle clé, en intervenant directement au domicile pour les soins d’hygiène, la prise de médicaments, les pansements, mais aussi l’aide au lever, au coucher et aux transferts. Ces interventions sont prescrites par un médecin et prises en charge en grande partie par l’Assurance maladie.
En parallèle, des services de portage de repas à domicile permettent d’assurer une alimentation régulière et équilibrée, même lorsque la personne ne peut plus cuisiner ou faire ses courses seule. Les repas sont livrés en barquettes adaptées, souvent avec des textures modifiées si nécessaire (haché, mixé), et respectent les régimes spécifiques (diabète, insuffisance rénale, etc.). Pour de nombreuses personnes âgées, cette livraison régulière est aussi un lien social important : le passage du livreur est parfois l’un des rares contacts de la journée.
La coordination entre ces différents acteurs (SSIAD, SAAD, portage de repas, aidants familiaux, ergothérapeute, médecin traitant) est essentielle pour que le projet de maintien à domicile reste cohérent et évolutif. Des réunions de synthèse, des carnets de liaison ou des plateformes numériques partagées permettent d’échanger sur les difficultés rencontrées, d’ajuster les horaires, d’anticiper un changement d’équipement ou une hospitalisation. On peut voir cette organisation comme un « écosystème de soutien » autour de la personne, où l’aménagement du domicile n’est qu’un maillon – certes crucial – d’une chaîne plus large de solidarités techniques, humaines et financières.
En combinant une évaluation ergothérapique fine, des aménagements ciblés, des aides techniques bien choisies, un financement optimisé et des services d’aide à domicile coordonnés, il devient possible de pallier durablement les difficultés de mobilité tout en respectant le souhait de vieillir chez soi. Le défi est réel, mais les outils existent ; la clé réside dans l’anticipation et l’accompagnement, plutôt que dans la réaction en urgence après la première chute.