La transition vers la retraite bouleverse non seulement votre rythme de vie, mais également votre situation fiscale. Alors que les revenus diminuent souvent significativement, les dépenses liées à la santé et à l’accompagnement du vieillissement augmentent. Dans ce contexte, nombreux sont les retraités qui ignorent l’existence de dispositifs fiscaux conçus spécifiquement pour alléger leur charge fiscale. Ces mécanismes peuvent représenter plusieurs centaines, voire milliers d’euros d’économies chaque année. Pourtant, selon les dernières statistiques fiscales, près de 40% des seniors éligibles ne bénéficient pas de ces avantages, faute d’information appropriée. Cette situation paradoxale s’explique par la complexité du système fiscal français et le manque de communication autour de ces dispositifs spécifiques.

Le vieillissement de la population française amplifie l’importance de ces questions. Avec 15 millions de retraités en France en 2024, soit 22% de la population totale, les enjeux financiers deviennent considérables tant pour les ménages que pour les finances publiques. L’allongement de l’espérance de vie, qui atteint désormais 85 ans pour les femmes et 79 ans pour les hommes, prolonge la période pendant laquelle ces avantages fiscaux peuvent être mobilisés. Comprendre ces dispositifs devient donc essentiel pour optimiser votre pouvoir d’achat durant cette phase de vie.

Crédit d’impôt pour frais de dépendance et d’hébergement en EHPAD

L’hébergement en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes représente une charge financière considérable pour les familles françaises. Avec un coût moyen mensuel oscillant entre 2 500 et 3 500 euros selon les régions, cette dépense peut rapidement épuiser l’épargne accumulée durant une vie de travail. Face à cette réalité, le législateur a institué un dispositif fiscal permettant d’alléger partiellement cette charge.

Réduction fiscale de 25% sur les dépenses d’accueil en établissement médico-social

Le système fiscal français accorde une réduction d’impôt de 25% sur les frais d’hébergement et de dépendance en EHPAD. Ce pourcentage s’applique au montant effectivement payé par le résident ou sa famille. Contrairement à un crédit d’impôt, cette réduction ne peut dépasser le montant de l’impôt dû. Si vous n’êtes pas imposable, cet avantage ne vous apportera malheureusement aucun bénéfice fiscal direct. Cette distinction entre crédit et réduction d’impôt constitue un point technique fondamental que nombreux retraités méconnaissent.

Pour bénéficier de cette réduction, l’établissement doit être médicalisé et conventionné. Les simples résidences seniors ou logements-foyers ne sont généralement pas éligibles, sauf s’ils disposent d’une autorisation spécifique au titre de l’accueil de personnes dépendantes. Cette condition exclut de facto environ 30% des structures d’hébergement pour seniors du dispositif fiscal.

Plafonnement annuel de 10 000 euros par personne hébergée

Le législateur a instauré un plafond de dépenses éligibles fixé à 10 000 euros par personne et par an. Ce montant correspond au maximum de frais sur lequel la réduction de 25% peut s’appliquer. Concrètement, l’économie fiscale maximale atteint donc 2 500

euros par an et par personne hébergée. Au-delà de ce plafond, les sommes restent bien sûr à votre charge, mais n’ouvrent plus droit à un avantage fiscal supplémentaire. En pratique, ce plafond est suffisant pour couvrir plusieurs mois de séjour en EHPAD, surtout si l’on tient compte des aides sociales et des allocations éventuellement perçues en parallèle.

Cette réduction se demande lors de la déclaration de revenus, en reportant le montant des dépenses éligibles dans les cases prévues à cet effet sur le formulaire complémentaire (déclaration 2042 RICI, cases 7CD et 7CE). Les justificatifs (factures détaillées de l’établissement) ne sont pas à joindre, mais doivent être conservés pendant au moins trois ans en cas de contrôle fiscal. Vous pouvez ainsi sécuriser plusieurs milliers d’euros de réduction d’impôt chaque année, à condition de bien identifier les montants réellement éligibles.

Déduction des frais de soins exclus du calcul de l’avantage fiscal

Un point essentiel, souvent mal compris, concerne la nature des dépenses prises en compte. La réduction d’impôt de 25% ne s’applique pas aux frais de soins médicaux pris en charge par l’Assurance maladie ou la complémentaire santé. Seuls les frais d’hébergement (logement, restauration, charges générales) et les frais de dépendance (aide à la toilette, accompagnement, surveillance, etc.) sont retenus pour le calcul de l’avantage fiscal.

Concrètement, les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes distinguent trois volets dans leur facturation : hébergement, dépendance, soins. Les dépenses de soins, généralement couvertes par la Sécurité sociale, doivent être exclues de la base de calcul. C’est pourquoi il est indispensable de demander chaque année un relevé détaillé à l’établissement, indiquant clairement la répartition des coûts. Sans cette ventilation, vous risquez de surestimer vos droits et de vous exposer à un redressement.

On peut comparer ce dispositif à un filtre : le fisc ne retient que la partie des dépenses réellement liées à l’hébergement et à la perte d’autonomie, et laisse de côté tout ce qui relève du soin médical à proprement parler. En tant que proche aidant, vous avez donc tout intérêt à vérifier la nature exacte des montants déclarés afin d’éviter toute erreur et de maximiser votre réduction d’impôt.

Cumul avec l’allocation personnalisée d’autonomie (APA)

Autre subtilité : la réduction de 25% se calcule sur les dépenses restant à votre charge après déduction de l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) et des éventuelles aides au logement. Autrement dit, vous ne pouvez pas obtenir un avantage fiscal sur une part de frais déjà financée par la collectivité. Ce principe évite les « doubles avantages » pour une même dépense.

Imaginons par exemple que votre parent en EHPAD paie 2 800 euros par mois, dont 600 euros couverts par l’APA. Le coût réel supporté par la famille est alors de 2 200 euros. C’est uniquement cette somme résiduelle qui pourra être retenue pour le calcul de la réduction fiscale. Sur une année complète, cela peut tout de même représenter près de 26 400 euros de dépenses, dont 10 000 seulement seront prises en compte en raison du plafond annuel.

Ce cumul contrôlé entre APA et avantage fiscal permet néanmoins d’alléger sensiblement la facture globale. Vous pouvez par ailleurs combiner ce dispositif avec d’autres aides (aide sociale à l’hébergement, APL, déductions pour pensions alimentaires versées à un parent en maison de retraite) dans le respect des règles propres à chaque mécanisme. Là encore, une simulation sur le site des impôts ou avec un conseiller peut vous aider à arbitrer entre les différentes options.

Abattement spécifique sur les pensions de retraite et rentes viagères

Au-delà des dépenses liées à la dépendance, la fiscalité de la retraite elle-même offre plusieurs leviers d’optimisation. L’un des plus importants reste souvent méconnu : l’abattement spécifique appliqué aux pensions et rentes viagères. Ce mécanisme agit directement sur le montant de votre revenu imposable et peut, à lui seul, vous faire passer en dessous d’une tranche d’imposition plus élevée.

Déduction forfaitaire de 10% avec minimum de 442 euros et maximum de 4 123 euros

Toutes les pensions de retraite imposables bénéficient automatiquement d’un abattement forfaitaire de 10%. Cet abattement vise à prendre en compte les frais inhérents à la retraite (complémentaire santé, déplacements médicaux, frais administratifs, etc.) sans que vous ayez à en justifier le détail. Pour éviter que les petits retraités soient défavorisés, la loi prévoit un minimum d’abattement de 442 euros par retraité.

À l’inverse, pour contenir l’avantage accordé aux plus gros revenus, l’abattement est plafonné à 4 123 euros par foyer fiscal (chiffres indicatifs, susceptibles d’être revalorisés chaque année). Au-delà de ce plafond, la fraction excédentaire de vos pensions ne bénéficie plus de la déduction de 10%. Ce plafond est particulièrement important pour les couples de retraités disposant de pensions confortables, qui atteignent vite la limite maximale.

Concrètement, si vous percevez 18 000 euros de pensions annuelles, l’abattement appliqué sera de 1 800 euros, ramenant votre revenu imposable à 16 200 euros. S’il s’agit de 50 000 euros de pensions pour le foyer, l’abattement théorique de 5 000 euros sera ramené à 4 123 euros en raison du plafond. Dans tous les cas, ce calcul est automatique : vous n’avez aucune case spécifique à cocher pour en bénéficier.

Option pour la déduction des frais réels : justificatifs et conditions d’application

Beaucoup de seniors ignorent qu’ils peuvent, sous certaines conditions, renoncer à l’abattement de 10% et opter pour la déduction des frais réels. Cette option s’adresse surtout aux retraités qui supportent des dépenses particulièrement élevées en lien avec la perception de leurs pensions : cotisations de mutuelle onéreuse, frais de transport fréquents vers des établissements de santé, frais de double résidence, etc.

Pour être intéressante, la somme de ces frais déductibles doit dépasser le montant de l’abattement forfaitaire. Vous devrez alors détailler l’ensemble de vos dépenses sur la déclaration et conserver tous les justificatifs (factures, tickets de transport, relevés de cotisations) pendant le délai légal de contrôle. À la différence des salariés, cette option reste toutefois rarement avantageuse pour les retraités, car la plupart des frais de santé sont déjà pris en charge par l’Assurance maladie et la complémentaire.

On peut comparer ce choix à celui entre un forfait téléphonique et une facturation à la consommation : si vous appelez peu, le forfait est plus intéressant ; si vous avez des dépenses récurrentes élevées, la facturation « au réel » peut devenir rentable. Avant d’opter pour les frais réels, il est donc prudent de faire un calcul comparatif, voire de réaliser une simulation en ligne pour mesurer l’impact réel sur votre impôt.

Exonération partielle des majorations pour enfants des régimes AGIRC-ARRCO

Les retraités du secteur privé bénéficiant de régimes complémentaires AGIRC-ARRCO peuvent percevoir des majorations de pension pour enfants. Ces majorations, accordées aux parents ayant élevé au moins trois enfants, font l’objet d’un traitement fiscal particulier. Une partie de ces compléments de retraite est en effet exonérée d’impôt sur le revenu, dans la limite d’un plafond annuel fixé par l’administration fiscale.

Cette exonération partielle vise à reconnaître l’effort éducatif consenti par les parents et à ne pas alourdir de manière excessive la fiscalité des familles nombreuses une fois à la retraite. Concrètement, seule la fraction de la majoration excédant un certain montant est intégrée dans votre revenu imposable. Le détail figure sur vos relevés annuels AGIRC-ARRCO, mais il est souvent noyé dans les informations techniques.

Pour vous, l’enjeu est double : vérifier que la majoration a bien été appliquée par la caisse de retraite, et s’assurer que seule la part imposable est reprise sur votre déclaration de revenus. En cas de doute, vous pouvez comparer le montant imposable indiqué par la caisse avec les informations figurant sur votre avis d’imposition, ou interroger directement votre centre des finances publiques.

Traitement fiscal différencié des retraites chapeau selon l’article 163 bis du CGI

Les « retraites chapeau », ou régimes de retraite supplémentaires à prestations définies mis en place par certaines entreprises, obéissent à un régime fiscal spécifique. Prévu par l’article 163 bis du Code général des impôts, ce dispositif distingue notamment le traitement de ces rentes selon leur montant et leur mode de versement. L’objectif est de taxer plus fortement les compléments de retraite très élevés, considérés comme des avantages exceptionnels.

Selon les cas, les retraites chapeau peuvent être soumises : soit à l’impôt sur le revenu dans la catégorie des pensions, après abattement de 10%, soit à une contribution spécifique libératoire, calculée en pourcentage du montant brut servi. Le choix du régime dépend principalement du niveau de la rente et de la date de mise en place du dispositif par l’employeur. Il en résulte un paysage fiscal complexe, que peu de bénéficiaires maîtrisent réellement.

Si vous percevez une telle rente, il est crucial de vérifier sur vos relevés la nature des prélèvements appliqués (CSG, CRDS, contribution spécifique, impôt sur le revenu). Dans certains cas, un arbitrage peut être envisagé avec l’aide d’un conseiller fiscal, notamment lorsque vous cumulez retraite chapeau et autres revenus (fonciers, financiers) et que vous approchez d’un changement de tranche d’imposition. Là encore, une bonne compréhension des règles permet d’éviter les mauvaises surprises.

Réduction d’impôt pour emploi d’un salarié à domicile après 65 ans

Le maintien à domicile est un enjeu central pour de nombreux retraités. Afin d’encourager le recours légal à des services d’aide à la personne, le législateur a mis en place un mécanisme particulièrement favorable : le crédit d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile. Contrairement à la réduction d’impôt pour les EHPAD, ce crédit est remboursable même si vous n’êtes pas imposable, ce qui en fait un outil puissant pour préserver votre autonomie.

Crédit d’impôt de 50% plafonné à 12 000 euros de dépenses annuelles

Le principe est simple : vous bénéficiez d’un crédit d’impôt égal à 50% des dépenses engagées pour des services à la personne à votre domicile. Le plafond de base est fixé à 12 000 euros de dépenses par an et par foyer, soit un avantage potentiel maximal de 6 000 euros. Ce plafond peut être ajusté en fonction de votre situation familiale et de certains critères spécifiques, comme nous le verrons plus loin.

Les dépenses prises en compte incluent le salaire net versé au salarié ainsi que les cotisations sociales correspondantes, que vous passiez par une association, une entreprise agréée ou l’embauche directe. Les montants doivent toutefois être déclarés via les canaux officiels (CESU, organisme mandataire, prestataire déclaré) pour ouvrir droit au crédit d’impôt. Le travail au noir, en plus d’être illégal, vous prive donc de cet avantage fiscal considérable.

Pour visualiser l’impact concret, imaginez que vous dépensiez 4 000 euros par an pour de l’aide au ménage et de l’assistance quotidienne. Votre crédit d’impôt sera de 2 000 euros. Si votre impôt sur le revenu s’élève à 1 200 euros, vous ne paierez plus d’impôt et recevrez un remboursement de 800 euros. Ce mécanisme agit comme un « remboursement partiel » de vos dépenses d’aide à domicile.

Majoration de 1 500 euros par personne à charge de plus de 65 ans

Le plafond annuel de 12 000 euros n’est pas figé : il peut être majoré de 1 500 euros par personne à charge, par ascendant de plus de 65 ans hébergé sous votre toit ou par membre du foyer de plus de 65 ans. Ce dispositif est particulièrement intéressant pour les familles qui accueillent un parent âgé et financent pour lui des prestations d’aide à domicile. Dans ce cas, le plafond peut monter jusqu’à 15 000 euros, voire davantage dans certaines configurations.

À titre d’exemple, un couple de retraités vivant avec une mère de 88 ans peut voir son plafond porté à 13 500 euros (12 000 + 1 500). Si l’un des membres du foyer est en situation de handicap, ce plafond peut atteindre 20 000 euros dans le cadre de règles spécifiques. La logique est simple : plus les besoins d’assistance sont importants, plus la loi fiscale ouvre de marge pour alléger le coût via le crédit d’impôt.

Pour bénéficier de ces majorations, il est indispensable de bien signaler la situation de chaque membre du foyer dans la déclaration de revenus (âge, statut de personne à charge, hébergement d’un ascendant). Une erreur sur ces éléments peut conduire à l’application d’un plafond insuffisant et à une perte d’avantage fiscal. N’hésitez pas à vérifier les notices explicatives annexées au formulaire ou à solliciter un rendez-vous avec un conseiller des impôts.

Services éligibles via CESU déclaratif et mandataire agréé

Tous les services réalisés à votre domicile ne sont pas automatiquement éligibles au crédit d’impôt. La loi liste précisément les activités de services à la personne qui ouvrent droit à l’avantage fiscal : entretien de la maison (ménage, repassage), petits travaux de jardinage, préparation des repas, courses, garde-malade non médicalisée, assistance aux actes essentiels de la vie, accompagnement dans les déplacements, etc.

Pour sécuriser le bénéfice du crédit d’impôt, vous devez recourir à un dispositif déclaré : chèque emploi service universel (CESU) déclaratif, association ou entreprise agréée, organisme mandataire reconnu par l’État. Ces structures se chargent de la déclaration des heures, des cotisations sociales et vous délivrent en fin d’année une attestation fiscale récapitulant les montants à reporter sur votre déclaration.

On peut voir ces organismes comme des « intermédiaires de confiance » entre vous, l’URSSAF et l’administration fiscale. En vous appuyant sur eux, vous simplifiez vos démarches et vous réduisez le risque d’erreur. Avant de signer un contrat, vérifiez toujours que le prestataire figure bien sur la liste des services à la personne agréés, disponible sur les sites officiels.

Dispense d’avance de frais avec le dispositif CESU+ préfinancé

L’un des freins à l’emploi d’une aide à domicile reste souvent la trésorerie : comment avancer plusieurs centaines d’euros par mois en attendant de récupérer le crédit d’impôt l’année suivante ? Pour répondre à cette problématique, l’administration a mis en place le dispositif d’avance immédiate du crédit d’impôt via le service CESU+.

Concrètement, lorsque vous activez ce service, l’URSSAF déduit automatiquement 50% du montant de vos dépenses éligibles au moment du prélèvement, et l’État verse directement cette part au prestataire ou au salarié. Vous ne payez donc que la moitié de la facture en temps réel, sans attendre la prochaine déclaration de revenus. C’est un peu comme si le fisc « avançait » sa participation mois après mois, plutôt que de vous la rembourser a posteriori.

Pour les retraités aux budgets serrés, ce mécanisme peut faire la différence entre le recours ou non à une aide à domicile. L’inscription se fait en ligne, via votre espace particulier, et suppose que vous soyez à jour de vos obligations fiscales. Une fois le dispositif activé, il s’applique automatiquement à chaque déclaration CESU, simplifiant fortement la gestion courante.

Exonération de taxe foncière pour les retraités sous conditions de ressources

La taxe foncière constitue souvent une dépense lourde pour les retraités propriétaires de leur logement, d’autant plus que les montants ont tendance à augmenter sous l’effet de la revalorisation des valeurs locatives et des décisions des collectivités locales. Pourtant, peu de seniors savent qu’ils peuvent en être totalement exonérés, ou bénéficier d’allègements significatifs, si leurs ressources restent modestes.

Pour prétendre à l’exonération de taxe foncière sur la résidence principale, plusieurs conditions cumulatives doivent être remplies. Vous devez tout d’abord être âgé d’au moins 75 ans au 1er janvier de l’année d’imposition, ou, dans certains cas, être titulaire de l’ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées), de l’ASI (allocation supplémentaire d’invalidité) ou de l’AAH (allocation aux adultes handicapés). Vous ne devez pas être assujetti à l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) et votre revenu fiscal de référence doit être inférieur à un plafond fixé chaque année par la loi de finances.

Si vous remplissez ces critères, la taxe foncière afférente à votre résidence principale peut être purement et simplement supprimée. En cas de départ en maison de retraite, vous pouvez même conserver cette exonération sur votre ancien logement, à condition d’en conserver la jouissance exclusive et qu’il reste inoccupé, hors conjoint ou personne à charge déjà présente avant votre entrée en établissement. Pour les retraités dont le budget est tendu, cette mesure représente souvent plusieurs centaines d’euros économisés par an.

À défaut d’exonération totale, certaines communes accordent des dégrèvements ou abattements ciblés pour les personnes âgées, les personnes handicapées ou les contribuables modestes. Il est donc judicieux de se renseigner auprès de sa mairie ou du centre des impôts locaux. Une simple démarche écrite, accompagnée de votre dernier avis d’imposition, peut suffire à faire valoir vos droits et alléger durablement votre fiscalité locale.

Dispositifs méconnus du plan d’épargne retraite (PER) en phase de liquidation

Le Plan d’Épargne Retraite (PER), généralisé depuis la loi Pacte, est souvent présenté comme un outil d’optimisation fiscale pendant la vie active. Mais ses atouts ne s’arrêtent pas au moment de la retraite. La phase de liquidation, c’est-à-dire la manière dont vous récupérez votre épargne, recèle elle aussi plusieurs dispositifs fiscaux méconnus qui peuvent vous permettre de sécuriser et d’optimiser vos revenus.

Sortie en capital avec exonération totale de la part des versements volontaires

Lorsque vous liquidez votre PER, vous pouvez choisir une sortie en capital, en une ou plusieurs fois. Dans ce cas, le traitement fiscal diffère selon l’origine des sommes. La fraction du capital correspondant à vos versements volontaires est exonérée d’impôt sur le revenu à la sortie, à condition qu’ils aient été déduits de votre revenu imposable à l’entrée. Seuls les gains (intérêts, plus-values) générés par ces versements sont taxés, généralement au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30% ou, sur option, au barème progressif.

Ce mécanisme peut sembler contre-intuitif : comment des sommes déjà déduites à l’entrée peuvent-elles être exonérées à la sortie ? En réalité, la fiscalité se « rattrape » sur les produits, tandis que le capital initial reste neutre. Pour vous, cela signifie que la sortie en capital d’un PER bien géré peut s’avérer particulièrement avantageuse, surtout si elle intervient à un moment où vos autres revenus sont faibles (par exemple entre 62 et 67 ans, avant la liquidation de toutes vos pensions).

En pratique, il est recommandé de planifier la sortie de votre PER en fonction de votre tranche d’imposition prévisionnelle. Étaler le retrait sur plusieurs années, plutôt que de tout encaisser en une fois, permet souvent de lisser l’impact fiscal et d’éviter de franchir un palier de taux marginal trop élevé.

Fractionnement fiscal sur 5 ans pour les rachats partiels programmés

Le PER autorise également des rachats partiels programmés, qui consistent à transformer votre épargne en un flux de revenus réguliers sur une période déterminée, par exemple cinq ans. Fiscalement, chaque rachat est traité comme une sortie partielle de capital et une part de gains, ce qui permet de répartir la charge fiscale dans le temps. C’est un peu l’équivalent d’un « salaire de retraite » temporaire, mais piloté par vous.

Ce fractionnement sur plusieurs années présente un double intérêt. D’une part, il limite le risque de vous retrouver ponctuellement dans une tranche d’imposition supérieure, ce qui serait le cas si vous retiriez une très grosse somme la même année. D’autre part, il vous permet d’ajuster année après année le montant des rachats à vos besoins réels et à l’évolution de vos dépenses de santé, de logement ou de loisirs.

Pour exploiter au mieux ce levier, il est utile de réaliser des simulations en intégrant vos autres revenus (pensions, revenus fonciers, dividendes). Vous pourrez ainsi déterminer le « bon rythme » de rachats pour rester dans une tranche d’imposition acceptable tout en conservant un niveau de vie confortable. Beaucoup de retraités négligent cette souplesse et se contentent d’une sortie standard, alors qu’un pilotage sur cinq ans ou plus peut générer plusieurs milliers d’euros d’économie d’impôt.

Conversion en rente viagère non réversible avec abattement générationnel

Autre possibilité offerte par le PER : la conversion de tout ou partie de votre épargne en rente viagère. Dans ce cas, vous percevez un revenu garanti à vie, dont le montant dépend de votre âge au moment de la conversion, du capital disponible et des conditions du contrat. Fiscalement, seule une fraction de cette rente est imposable, en fonction de votre âge lors du premier versement : plus vous êtes âgé, plus la part imposable est faible.

Ce que l’on appelle parfois l’« abattement générationnel » correspond à ce pourcentage d’exonération intégré dans le calcul. Par exemple, à partir de 70 ans, seule une partie réduite de la rente (par exemple 30%) est soumise à l’impôt sur le revenu, le reste étant considéré comme un remboursement de capital non imposable. Cette règle vaut pour les rentes viagères à titre onéreux et peut rendre la rente particulièrement attractive pour compléter vos pensions à un âge avancé.

En revanche, une rente viagère non réversible s’éteint à votre décès et ne profite pas à votre conjoint ou à vos héritiers. Vous devez donc arbitrer entre une fiscalité plus douce (rente simple) et une meilleure protection de vos proches (rente réversible, mais souvent plus faible). Là encore, la comparaison peut se faire à l’aide de simulations fournies par votre assureur ou votre conseiller patrimonial, en tenant compte de votre espérance de vie moyenne et de votre situation familiale.

Optimisation fiscale des dons et legs : réduction d’impôt de 66% jusqu’à 75 ans

À la retraite, beaucoup de seniors souhaitent transmettre une partie de leur patrimoine à leurs proches ou soutenir des causes qui leur tiennent à cœur. La fiscalité des dons et legs offre plusieurs opportunités d’optimisation, à condition d’en maîtriser les règles. Bien utilisées, ces mesures permettent de concilier générosité et réduction significative de l’impôt sur le revenu ou des droits de succession.

Les dons effectués au profit d’organismes d’intérêt général (associations, fondations reconnues d’utilité publique, œuvres caritatives, établissements de recherche, etc.) ouvrent droit à une réduction d’impôt de 66% des sommes versées, dans la limite de 20% de votre revenu imposable. Pour certains organismes d’aide aux personnes en difficulté, ce taux peut même atteindre 75% dans la limite d’un petit plafond revalorisé chaque année. En pratique, donner 1 000 euros à une association peut donc réduire votre impôt de 660 à 750 euros selon le cas.

Jusqu’à 75 ans, vous pouvez également recourir aux donations en pleine propriété ou en nue-propriété au profit de vos enfants ou petits-enfants, en bénéficiant d’abattements importants sur les droits de donation (100 000 euros par parent et par enfant tous les 15 ans, par exemple). Ces opérations n’ouvrent pas droit à une réduction d’impôt sur le revenu, mais permettent de diminuer la base taxable de votre future succession. Elles sont d’autant plus efficaces lorsqu’elles sont anticipées, bien avant l’âge très avancé.

Pour optimiser ces dispositifs, une stratégie gagnante peut consister à combiner dons aux proches et dons aux organismes d’intérêt général, en jouant à la fois sur la réduction immédiate de votre impôt sur le revenu et sur la réduction future des droits successoraux. Comme pour une partition musicale, c’est l’harmonie entre ces différents instruments fiscaux qui produit le meilleur résultat. Avant d’engager des montants importants, il reste toutefois prudent de consulter un notaire ou un conseiller fiscal, afin d’adapter la stratégie à votre situation patrimoniale et familiale précise.