
# Assurance retraite : ce qu’il faut comprendre avant de changer de pays
La mobilité professionnelle internationale transforme radicalement la manière dont les actifs construisent leurs droits à la retraite. Avec plus de 1,3 million de retraités français percevant leur pension depuis l’étranger en 2025, et des centaines de milliers d’actifs français travaillant hors de France, la question de l’assurance retraite en contexte international devient centrale. Les systèmes de protection sociale varient considérablement d’un pays à l’autre, et naviguer entre ces différents régimes exige une compréhension approfondie des mécanismes de coordination, des conventions bilatérales et des stratégies d’optimisation. Que vous envisagiez une expatriation professionnelle, un détachement temporaire ou que vous ayez déjà constitué une carrière multinationale, comprendre comment vos périodes d’activité à l’étranger impacteront votre future pension est essentiel pour sécuriser votre avenir financier.
Les régimes de retraite obligatoire et leur portabilité internationale
La portabilité des droits à retraite constitue l’un des enjeux majeurs pour les travailleurs internationaux. Contrairement à une idée reçue, travailler à l’étranger ne signifie pas nécessairement perdre vos droits acquis en France. Le système français de retraite s’articule autour de mécanismes sophistiqués permettant la coordination avec les régimes étrangers, mais leur application dépend fortement du pays d’accueil et de votre statut professionnel. La complexité réside dans la multiplicité des situations possibles : détachement, expatriation, contrat local, ou mobilité au sein de l’Union européenne. Chaque configuration entraîne des conséquences différentes sur vos cotisations et vos droits futurs.
Le régime général de la sécurité sociale française et ses conventions bilatérales
Le régime général géré par la CNAV (Caisse nationale d’assurance vieillesse) forme le socle du système de retraite français. Lorsque vous partez travailler à l’étranger, vos droits acquis dans ce régime ne disparaissent pas : ils restent inscrits sur votre relevé de carrière et seront pris en compte lors du calcul de votre pension. La France a signé des conventions bilatérales de sécurité sociale avec plus de 40 pays, incluant les États-Unis, le Canada, le Japon, le Maroc, la Tunisie ou encore le Brésil. Ces accords permettent la totalisation des périodes travaillées dans les deux pays pour déterminer vos droits à pension.
Ces conventions fonctionnent selon un principe de réciprocité : chaque pays calcule et verse la part de retraite correspondant aux périodes effectuées sur son territoire. Par exemple, si vous avez travaillé 25 ans en France et 15 ans au Canada, vous recevrez une pension de la CNAV pour vos 25 années françaises et une pension du Régime de pensions du Canada pour vos 15 années canadiennes. L’avantage majeur réside dans le fait que les périodes étrangères peuvent être comptabilisées pour atteindre la durée minimale d’assurance requise, même si elles ne sont pas rémunérées par le régime français. En 2025, cette durée s’établit à 172 trimestres pour bénéficier d’une retraite à taux plein.
Les régimes complémentaires AGIRC-ARRCO face à l’expatriation
Les régimes complémentaires AGIRC-ARRCO, obligatoires pour tous les
salariés du secteur privé, suivent une logique différente du régime de base. Ils fonctionnent par points, acquis sur la base des salaires soumis à cotisations. Lorsque vous partez à l’étranger, la question clé est de savoir si vous restez affilié à un employeur français (détachement) ou si vous relevez d’un contrat local. En cas de détachement, votre employeur continue de cotiser à l’AGIRC-ARRCO comme si vous étiez en France, et vos points de retraite complémentaire continuent de s’accumuler normalement.
En cas d’expatriation avec contrat local, vos cotisations à l’AGIRC-ARRCO s’arrêtent, sauf si vous mettez en place une couverture volontaire (via certains dispositifs d’entreprise ou contrats dédiés). Il n’existe pas d’accord international spécifique pour « totaliser » des points AGIRC-ARRCO avec des points étrangers : chaque régime complémentaire étranger applique ses propres règles. Concrètement, vous percevrez plus tard d’une part votre retraite de base française (coordonnée via conventions), et d’autre part, votre retraite complémentaire française calculée uniquement sur vos points acquis en France. Il est donc crucial, avant de signer un contrat local, de mesurer l’impact sur vos points AGIRC-ARRCO et de vérifier si votre employeur propose un plan de retraite d’entreprise dans le pays d’accueil.
La caisse des français de l’étranger (CFE) : maintien volontaire de la couverture retraite
Lorsque vous sortez du champ de la Sécurité sociale française, la Caisse des Français de l’Étranger (CFE) vous permet, sous conditions, de continuer à cotiser volontairement pour votre assurance vieillesse. La CFE joue en quelque sorte le rôle d’un « prolongateur » de votre affiliation française : en adhérant, vous pouvez continuer à valider des trimestres de retraite au régime général, même en étant expatrié avec un contrat local. Cette option est particulièrement pertinente si vous envisagez une carrière très mobile ou des pays sans accord de sécurité sociale avec la France.
Les cotisations à la CFE sont calculées en fonction de votre âge et de votre revenu de référence, avec plusieurs classes de cotisation. Plus vous adhérez tôt, plus le coût relatif est maîtrisé. En pratique, la CFE ne remplace pas forcément un régime local obligatoire, mais vient s’y ajouter pour maintenir vos droits à la retraite française. Avant d’adhérer, il est essentiel de comparer le coût des cotisations avec le gain potentiel en trimestres et en montant de pension, notamment si vous êtes déjà proche du nombre de trimestres requis pour le taux plein. Comme pour tout arbitrage retraite, une simulation personnalisée auprès de l’Assurance retraite ou d’un conseiller spécialisé est vivement recommandée.
Les accords de coordination européenne : règlement CE 883/2004 et totalisation des trimestres
Au sein de l’Union européenne, de l’Espace économique européen et de la Suisse, la coordination des retraites repose principalement sur le règlement (CE) n°883/2004 et ses textes d’application. Ce cadre juridique garantit qu’un travailleur qui se déplace d’un État membre à l’autre ne perde pas ses droits à pension. Le principe est simple : chaque pays gère sa propre retraite, mais tous sont tenus de totaliser les périodes d’assurance accomplies dans les autres États pour vérifier si vous remplissez les conditions d’ouverture des droits.
Concrètement, si vous avez travaillé 10 ans en France, 15 ans en Allemagne et 5 ans en Espagne, chaque pays calcule une pension « théorique » en tenant compte des 30 ans de carrière européenne, puis applique une proratisation pour déterminer la part qu’il prend à sa charge. Ce mécanisme de totalisation et de proratisation est au cœur de la portabilité des droits en Europe. Il n’y a pas de transfert de cotisations, mais une reconnaissance mutuelle des périodes. Pour vous, l’enjeu pratique est de bien conserver tous vos justificatifs d’activité et de salaires dans chaque pays, et de vérifier régulièrement votre relevé de carrière, afin d’éviter les « trous » au moment de votre demande de retraite internationale.
Calcul des droits à pension en cas de carrière multinationale
Lorsque votre parcours professionnel se déroule dans plusieurs pays, le calcul de vos droits à pension devient plus complexe, mais pas insurmontable. Les notions de totalisation, de proratisation, de points de retraite et d’annuités se combinent selon les régimes. L’objectif des règles internationales est clair : vous permettre de faire valoir l’ensemble de vos périodes travaillées, même si elles ont été accomplies sous des législations différentes. Mais comment ces mécanismes s’appliquent-ils concrètement à votre future pension de retraite quand vous avez une carrière multinationale ?
Principe de totalisation et de proratisation des périodes d’assurance
Le principe de totalisation consiste à additionner les périodes d’assurance accomplies dans plusieurs pays pour vérifier vos droits à l’ouverture de la retraite (âge, durée minimale, etc.). Ce mécanisme s’applique dans l’Union européenne, dans les pays liés à la France par une convention bilatérale de sécurité sociale, et parfois dans certains régimes professionnels spécifiques. Une fois vos périodes totalisées, chaque État calcule ensuite une pension théorique comme si l’ensemble de la carrière s’était déroulé sur son propre territoire, puis procède à une proratisation.
La proratisation signifie que chaque pays verse une fraction de cette pension théorique, proportionnelle aux périodes effectivement accomplies chez lui. Par exemple, si vous avez 20 ans en France et 20 ans en Espagne, la France paiera 20/40 de la pension théorique française, l’Espagne 20/40 de la pension théorique espagnole. Cette mécanique peut paraître abstraite, mais on peut la comparer à un gâteau partagé entre plusieurs cuisiniers : chacun prépare sa recette (son mode de calcul), puis ne vous en sert que la part correspondant au temps que vous avez passé dans sa cuisine. D’où l’importance de bien documenter vos périodes de travail dans chaque pays.
Conversion des points de retraite acquis à l’étranger
Dans de nombreux pays, notamment en Europe, certains régimes fonctionnent par points (ou unités de compte équivalentes). Une question fréquente est : mes points de retraite étrangers sont-ils convertis en points de retraite français ? La réponse est non. Il n’existe pas de mécanisme de conversion automatique des points d’un système à l’autre. Chaque régime calcule votre pension en fonction de ses propres points, règles de valorisation et paramètres démographiques.
Ce qui est coordonné, ce ne sont pas les points eux-mêmes mais les périodes d’assurance. Ainsi, vos points de retraite allemands, italiens ou canadiens resteront gérés et payés par les régimes de ces pays. De votre côté, vous percevrez, à l’âge de la retraite, plusieurs pensions distinctes : une retraite de base française, une ou plusieurs retraites étrangères, et éventuellement des retraites complémentaires. Pour anticiper votre niveau de vie à la retraite, il est donc utile de faire un inventaire pays par pays de vos droits acquis, plutôt que de raisonner uniquement en trimestres français.
Impact du taux de change et de la revalorisation annuelle sur les pensions étrangères
Un autre paramètre souvent sous-estimé dans une carrière multinationale est l’impact du taux de change et des règles de revalorisation annuelles sur vos pensions étrangères. Si vous percevez une pension en devise étrangère (dollar canadien, livre sterling, dirham marocain, etc.), son montant effectif en euros variera au gré des fluctuations des marchés de change. Sur plusieurs décennies de retraite, ces variations peuvent être significatives, à la hausse comme à la baisse.
Par ailleurs, chaque pays applique ses propres règles de revalorisation des pensions : certaines suivent l’inflation, d’autres les salaires, d’autres encore combinent plusieurs indices ou appliquent des gels temporaires pour des raisons budgétaires. Vous pouvez ainsi vous retrouver avec une pension française régulièrement revalorisée et une pension étrangère dont le pouvoir d’achat s’érode plus vite. Pour lisser ces risques, il peut être pertinent de diversifier vos sources de revenus de retraite (pensions publiques, épargne retraite par capitalisation, investissements locatifs, etc.) et d’envisager des placements libellés en plusieurs devises si votre situation patrimoniale le justifie.
Traitement des périodes de détachement versus expatriation sur le calcul des annuités
Le statut de détaché et celui d’expatrié n’ont pas les mêmes conséquences sur le calcul de vos annuités de retraite française. En cas de détachement, vous restez affilié à la Sécurité sociale française : votre employeur continue de verser les cotisations en France, et vous validez des trimestres comme si vous étiez resté sur le territoire. Votre relevé de carrière affiche alors une continuité sans rupture, ce qui simplifie grandement le calcul de votre retraite à terme.
En revanche, si vous êtes expatrié et que vous relevez d’un contrat local sans adhésion à la CFE, vous ne cotisez plus au régime français pendant cette période. Vos annuités étrangères pourront éventuellement être totalisées pour l’ouverture des droits, mais elles ne se traduiront pas en trimestres français supplémentaires, sauf si une convention spécifique le prévoit. On peut comparer le détachement à une « bulle protectrice » qui prolonge votre carrière française à l’étranger, tandis que l’expatriation en contrat local vous fait changer de « piste » de cotisation. D’où l’importance de clarifier votre statut avant de partir, en particulier si vous êtes proche de l’âge légal de départ ou du nombre de trimestres requis pour le taux plein.
Fiscalité des pensions de retraite transfrontalières
Au-delà du calcul des droits, la fiscalité des pensions versées d’un pays à l’autre est un enjeu central lorsque l’on prépare une retraite internationale. Où vos pensions seront-elles imposées ? À quel taux ? Risquez-vous une double imposition ? Les réponses dépendent à la fois de votre pays de résidence fiscale, de la nature des pensions perçues et des conventions fiscales signées entre les États concernés. Anticiper ces aspects permet souvent de faire la différence entre une retraite sereine et des mauvaises surprises au moment de la déclaration de revenus.
Conventions fiscales bilatérales et risque de double imposition
La France a conclu des conventions fiscales bilatérales avec un grand nombre de pays afin d’éviter que les mêmes revenus, notamment les pensions de retraite, ne soient imposés deux fois. Ces conventions répartissent le droit d’imposer entre l’État de source (celui qui verse la pension) et l’État de résidence (celui où vous vivez fiscalement). Dans la plupart des cas, les pensions privées (comme la retraite de la Sécurité sociale ou les régimes complémentaires) sont imposables dans l’État de résidence, mais des exceptions existent.
En pratique, cela signifie que si vous résidez au Portugal, en Espagne ou au Maroc, c’est généralement ce pays qui impose vos pensions françaises, la France pouvant toutefois pratiquer un prélèvement à la source spécifique pour les non-résidents, ensuite imputable ou non selon la convention. Si aucune convention n’existe entre la France et votre pays de résidence, le risque de double imposition est réel : vous pouvez alors être imposé dans les deux États, avec des mécanismes de crédit d’impôt plus ou moins favorables. Avant de changer de pays, il est donc indispensable de consulter le texte de la convention fiscale concernée ou de vous faire accompagner par un professionnel pour en décoder les effets concrets sur votre future retraite à l’étranger.
Prélèvement à la source sur les pensions versées par la CNAV à l’étranger
Depuis la généralisation du prélèvement à la source, les pensions versées par la CNAV et les régimes complémentaires font l’objet d’une retenue directement sur le montant brut, y compris lorsque le bénéficiaire réside à l’étranger. Toutefois, le barème applicable aux non-résidents diffère de celui des résidents fiscaux français. Un taux minimum, souvent de 0 %, 12 % ou 20 % selon les tranches de revenus, peut être appliqué à la part française de vos pensions, sauf disposition contraire de la convention fiscale.
Si vous êtes domicilié fiscalement à l’étranger, ce prélèvement à la source ne signifie pas nécessairement une imposition définitive en France : dans de nombreux cas, la convention fiscale prévoit que la pension n’est imposable que dans l’État de résidence. Le prélèvement français peut alors être restitué ou imputé. À l’inverse, certains pays acceptent que la France conserve le droit d’imposer certaines pensions publiques. Pour éviter les erreurs, pensez à signaler votre changement de résidence fiscale à l’administration française, à vérifier le taux de prélèvement appliqué, et à déposer, le cas échéant, les formulaires spécifiques prévus par la convention fiscale (attestations de résidence, demandes de réduction ou de remboursement).
CSG-CRDS et cotisations sociales : territorialité et exonérations selon le pays de résidence
Les contributions sociales françaises (CSG, CRDS, Casa) ne sont pas de simples « suppléments d’impôt » : elles répondent à des règles de territorialité spécifiques. En règle générale, si vous n’êtes plus résident fiscal en France et que vous ne relevez pas d’un régime français d’assurance maladie, ces contributions ne sont plus prélevées sur votre retraite de base et vos pensions complémentaires. C’est un point clé pour de nombreux retraités installés à l’étranger, qui voient ainsi leur pension nette augmenter.
En revanche, une cotisation d’assurance maladie peut être prélevée sur vos pensions payées à l’étranger, notamment si vous restez affilié à un régime français d’assurance maladie ou si vous êtes de nationalité étrangère avec au moins 15 ans d’assurance vieillesse en France. Le taux est, à titre indicatif, de l’ordre de 3,2 % sur la retraite de base et 4,2 % sur les retraites complémentaires pour de nombreux régimes, même si des variantes existent. Avant de partir, il est donc important de distinguer ce qui relève de l’impôt sur le revenu, des contributions sociales et des cotisations d’assurance maladie, afin de calculer précisément votre pension nette selon le pays de résidence envisagé.
Stratégies de cotisation avant la mobilité internationale
Bien préparer sa mobilité internationale, c’est aussi réfléchir en amont à sa stratégie de cotisation retraite. Faut-il cotiser au maximum avant de partir pour sécuriser un taux plein en France ? Est-il pertinent d’adhérer à la CFE ou de racheter des trimestres ? Chaque situation est unique, mais quelques grands principes peuvent guider vos décisions. Plus vos choix sont anticipés, plus vous gardez de marges de manœuvre pour optimiser vos droits dans plusieurs systèmes de retraite.
Avant un départ à l’étranger, commencez par faire un état des lieux précis de votre carrière française : nombre de trimestres validés, estimation de votre retraite à l’âge légal, lacunes éventuelles (années incomplètes, périodes non déclarées). Utilisez votre relevé de carrière et les simulateurs mis à disposition par l’Assurance retraite pour visualiser différents scénarios. Ensuite, renseignez-vous sur le régime du pays d’accueil : âge de la retraite, conditions de validation des périodes, existence d’accords de sécurité sociale avec la France. Dans certains cas, continuer à cotiser en France via la CFE ou un dispositif spécifique pourra être judicieux ; dans d’autres, il sera plus intéressant de s’appuyer sur un système local solide complété par une épargne retraite individuelle (PER, assurance-vie, plans d’entreprise).
Démarches administratives auprès de l’assurance retraite et organismes étrangers
Sur le terrain, la réussite d’un projet de retraite internationale repose aussi sur la qualité de vos démarches administratives. Entre les caisses françaises, les organismes étrangers et les échanges dématérialisés européens, les circuits se sont modernisés, mais exigent toujours rigueur et anticipation. Comment vérifier que tous vos trimestres ont bien été pris en compte ? Quand déposer votre demande de retraite plurinationale ? Quels sont les délais de traitement réalistes lorsque plusieurs pays doivent coordonner leurs réponses ?
Obtention du relevé de carrière européen EESSI et vérification des trimestres validés
Au niveau européen, l’échange d’informations entre organismes de sécurité sociale est progressivement harmonisé via la plateforme EESSI (Electronic Exchange of Social Security Information). Pour vous, cela se traduit par une meilleure traçabilité de vos périodes de travail dans les différents États membres. Avant de demander votre retraite, il est indispensable de vérifier que toutes vos périodes internationales ont bien été transmises et intégrées à votre relevé de carrière français.
Vous pouvez consulter votre carrière sur les portails dédiés (Assurance retraite, compte retraite unique) et, en cas d’activité dans plusieurs pays européens, signaler toute omission ou incohérence à votre caisse. Pensez à conserver systématiquement vos contrats de travail, bulletins de salaire, certificats d’affiliation et attestations de fin d’emploi à l’étranger. Ces documents pourront être demandés en cas de litige ou d’information manquante. Plus votre dossier est complet, plus la circulation d’informations via EESSI sera fluide et plus le traitement de votre future demande de retraite multinationale sera rapide.
Constitution du dossier de demande de retraite plurinationale
Lorsque vous approchez de l’âge de départ, la constitution d’un dossier de demande de retraite couvrant plusieurs pays est une étape clé. La règle générale est la suivante : vous déposez une seule demande de retraite dans votre pays de résidence, ou, à défaut, dans le dernier pays dans lequel vous avez travaillé. Cet organisme « pilote » se charge ensuite de transmettre votre demande aux autres caisses nationales concernées, selon les accords européens ou bilatéraux en vigueur.
Dans le cas d’une carrière combinant France, États de l’UE/EEE/Suisse et pays sous convention, la caisse française joue souvent le rôle de coordonnateur, en lien avec ses homologues étrangers. Votre dossier devra comprendre, outre les formulaires standards, la liste détaillée des pays dans lesquels vous avez travaillé, les périodes concernées, et autant que possible les références de vos numéros de sécurité sociale étrangers. Anticiper cette étape en prenant contact avec votre caisse au moins quatre à six mois avant la date envisagée de départ à la retraite est un réflexe précieux pour éviter les ruptures de paiement.
Délais de traitement et coordination entre caisses de retraite nationales
Les délais de traitement d’une demande de retraite internationale sont généralement plus longs qu’une demande purement nationale. Chaque caisse doit vérifier vos droits, reconstituer votre carrière, appliquer ses propres règles de calcul et échanger des informations avec les autres organismes concernés. Comptez, selon les situations, de quelques mois à plus d’un an pour que toutes vos pensions soient mises en paiement, surtout si plusieurs continents sont impliqués.
Pendant cette période, il n’est pas rare que certaines pensions démarrent avant d’autres. Vous pouvez, par exemple, percevoir d’abord votre retraite française, puis quelques mois plus tard votre pension allemande ou canadienne. Il est donc prudent de prévoir une marge de sécurité financière au moment du départ en retraite, pour absorber ces décalages. N’hésitez pas à suivre régulièrement l’avancement de votre dossier auprès de votre caisse de référence, en conservant les accusés de réception et les numéros de dossier attribués par chaque organisme national.
Systèmes de retraite par capitalisation et produits d’épargne retraite transférables
Enfin, au-delà des régimes obligatoires par répartition, de nombreux pays – et la France elle-même – proposent des systèmes de retraite par capitalisation et des produits d’épargne retraite transférables ou mobilisables à l’international. Si vous avez cotisé à des fonds de pension d’entreprise, à des plans 401(k) aux États-Unis, à des produits d’épargne retraite britanniques, ou encore à un Plan d’épargne retraite (PER) en France, il est essentiel d’analyser leur portabilité et leurs conditions de sortie en cas de changement de pays.
Certains dispositifs étrangers autorisent le transfert de vos droits vers un autre fonds de pension, parfois dans un autre État, sous réserve de respecter des conditions fiscales et de durée de détention. D’autres, au contraire, limitent les transferts hors du pays d’origine, ou les soumettent à des pénalités. En France, le PER offre une certaine flexibilité : vous pouvez continuer à l’alimenter en vivant à l’étranger (sous conditions de résidence selon les contrats), et choisir entre sortie en capital, en rente, ou mixte, tout en tenant compte de la fiscalité applicable à votre nouvelle résidence.
Dans un contexte de carrière internationale, on peut comparer ces produits de capitalisation à une « valise financière » que vous emportez avec vous, en complément de vos retraites publiques. Pour en tirer pleinement parti, il est recommandé de cartographier l’ensemble de vos dispositifs par capitalisation (français et étrangers), d’en analyser les frais, les règles de transfert et de rachat, puis de construire une stratégie cohérente avec votre projet de vie à l’étranger. Un accompagnement spécialisé, combinant expertise retraite et ingénierie patrimoniale internationale, peut alors faire la différence pour transformer une mosaïque de droits en un revenu de retraite stable et optimisé, quel que soit le pays où vous choisirez de vivre.