
L’accompagnement des personnes âgées représente un enjeu sociétal majeur dans une France où le vieillissement démographique s’accélère. Avec plus de 20 millions de personnes de plus de 60 ans attendues d’ici 2050, les solutions d’aide et d’accompagnement doivent s’adapter à des besoins de plus en plus diversifiés. Entre maintien à domicile et hébergement spécialisé, entre technologies connectées et accompagnement humain, l’éventail des possibilités s’enrichit constamment pour répondre aux attentes spécifiques de chaque senior selon son degré d’autonomie et ses ressources financières.
La perte d’autonomie ne survient pas du jour au lendemain et nécessite une approche progressive et personnalisée. Qu’il s’agisse d’une aide ponctuelle pour les tâches ménagères ou d’un accompagnement médicalisé 24h/24, chaque situation requiert une évaluation précise et des solutions adaptées. L’objectif reste invariablement le même : préserver la dignité et la qualité de vie des seniors tout en rassurant leurs proches.
Services d’aide à domicile : panorama des prestations disponibles selon le degré d’autonomie
L’aide à domicile constitue la pierre angulaire du maintien dans l’environnement familier pour la majorité des seniors. Cette approche graduée permet d’adapter l’intensité et la nature de l’accompagnement à l’évolution des besoins, depuis la simple aide ménagère jusqu’aux soins médicalisés complexes.
Aide-ménagère et services d’entretien du logement pour seniors autonomes
Pour les personnes âgées encore largement autonomes mais éprouvant des difficultés dans certaines activités domestiques, l’aide-ménagère représente souvent le premier recours. Ces professionnels interviennent généralement 2 à 4 heures par semaine pour l’entretien du logement, le nettoyage des vitres, l’aspirateur ou encore la gestion du linge. Le coût horaire varie entre 18 et 25 euros selon les régions, avec possibilité de bénéficier d’un crédit d’impôt de 50%.
Les services d’entretien peuvent également inclure de petits travaux de bricolage, le jardinage ou l’aide aux courses alimentaires. Cette formule convient particulièrement aux seniors classés GIR 5 ou 6 sur la grille AGGIR, qui conservent leur autonomie de décision mais rencontrent quelques limitations physiques. L’objectif principal demeure la prévention de l’isolement et le maintien d’un cadre de vie sécurisé.
Auxiliaires de vie sociale (AVS) : accompagnement personnalisé des gestes quotidiens
Les auxiliaires de vie sociale interviennent auprès de personnes présentant une perte d’autonomie plus marquée, nécessitant une aide pour les actes essentiels de la vie quotidienne. Leur formation diplômante (DEAVS – Diplôme d’État d’Auxiliaire de Vie Sociale) leur permet d’accompagner les seniors dans la toilette, l’habillage, la préparation et la prise des repas, ainsi que dans les déplacements à l’intérieur du domicile.
Ces professionnels assurent également un soutien psychologique et social précieux, favorisant le maintien du lien avec l’extérieur. Ils peuvent accompagner les personnes âgées lors de sorties médicales ou culturelles, contribuant ainsi à préserver leur insertion sociale. Le temps d’intervention varie généralement de 1
à 2 heures par jour, voire davantage lorsque la dépendance s’accentue. Les interventions peuvent être quotidiennes, y compris les week-ends et jours fériés, selon le plan d’aide défini avec le conseil départemental ou le service d’aide à domicile. Cette solution s’adresse surtout aux personnes classées GIR 1 à 4, pour lesquelles l’accompagnement humain au quotidien est indispensable pour éviter les chutes, la dénutrition ou l’isolement relationnel.
Dans la pratique, les auxiliaires de vie sociale interviennent via trois modes d’organisation : recours à un service prestataire, service mandataire ou emploi direct. Chaque modèle a ses avantages en termes de simplicité administrative, de coût et de souplesse des plannings. Avant de choisir, il est recommandé de comparer plusieurs structures, de poser des questions sur la continuité de service en cas d’absence et de vérifier que l’intervenant est bien formé aux pathologies spécifiques (Alzheimer, Parkinson, troubles moteurs…).
Soins infirmiers à domicile (SSIAD) : prise en charge médicalisée coordonnée
Lorsque les besoins dépassent l’aide aux gestes du quotidien pour inclure des soins d’hygiène et des actes infirmiers, les Services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) prennent le relais. Ces services, financés par l’Assurance maladie, interviennent sur prescription médicale auprès des personnes âgées de plus de 60 ans en perte d’autonomie, des personnes handicapées ou atteintes de maladies chroniques. Ils regroupent infirmiers diplômés d’État, aides-soignants, parfois ergothérapeutes ou psychomotriciens, pour une prise en charge globale.
Les interventions couvrent notamment les soins de nursing (toilette, prévention des escarres, aide aux changes), la surveillance des constantes, la préparation et l’administration des traitements, ou encore les pansements complexes. L’un des grands atouts des SSIAD réside dans la coordination avec le médecin traitant et les autres professionnels libéraux : kinésithérapeutes, orthophonistes, services hospitaliers. Cette articulation fine permet de limiter les hospitalisations évitables et de sécuriser le maintien à domicile de seniors en situation de grande fragilité.
Les places en SSIAD étant limitées, l’accès se fait souvent après une évaluation gériatrique et sur décision du médecin coordonnateur du service. Il est donc utile d’anticiper les demandes, notamment après une hospitalisation ou lors d’une aggravation de la perte d’autonomie. Pour les familles, c’est un levier essentiel : savoir que les soins sont assurés à domicile rassure et facilite l’organisation du quotidien.
Garde de nuit et présence nocturne pour sécurisation du domicile
La nuit est souvent un moment critique pour les personnes âgées fragiles : désorientation, levers fréquents, risques de chute dans l’obscurité, angoisses nocturnes… La garde de nuit ou la présence de nuit permet de sécuriser cette période particulièrement sensible. Il s’agit d’un accompagnement assuré par un intervenant à domicile, qui reste au logement du senior pendant une partie ou la totalité de la nuit, en veille active ou passive selon les besoins.
On distingue généralement deux formes de garde de nuit. La présence vigilante, où l’intervenant reste éveillé et intervient à chaque sollicitation ou alerte (levers, douleurs, désorientation, besoin d’aller aux toilettes). Et la présence rassurante, dite aussi « nuit couchée », où l’intervenant dort sur place mais peut être réveillé en cas de besoin. Ce type de service est particulièrement indiqué en cas de troubles cognitifs (maladie d’Alzheimer et apparentées), de risque élevé de chute ou de retour récent à domicile après hospitalisation.
Le coût d’une garde de nuit peut peser lourd dans le budget, surtout si elle est nécessaire plusieurs fois par semaine. Toutefois, certaines aides comme l’APA à domicile, la PCH ou les aides des caisses de retraite peuvent contribuer à son financement. Dans certains territoires, des solutions de relayage à domicile ou de « baluchonnage » proposent également des gardes de nuit temporaires, permettant aux proches aidants de souffler quelques jours sans culpabiliser.
Portage de repas et livraison de courses : solutions logistiques adaptées
Quand faire les courses ou cuisiner devient compliqué, le risque de dénutrition augmente rapidement. Le portage de repas à domicile et la livraison de courses constituent alors des solutions simples et efficaces pour maintenir une alimentation équilibrée. Les repas sont préparés par des cuisines centrales (CCAS, associations, entreprises privées) et livrés une à plusieurs fois par semaine, souvent avec des menus adaptés aux régimes spécifiques : sans sel, diabétique, mixé, hyperprotéiné…
Au-delà de l’aspect nutritionnel, le portage de repas joue un rôle de veille sociale discrète. Le livreur, formé à repérer les signaux d’alerte (porte qui ne s’ouvre pas, résident inhabituellement somnolent, logement en désordre), peut rapidement donner l’alerte en cas de situation anormale. C’est un filet de sécurité précieux, notamment pour les personnes âgées isolées dont les proches vivent loin. Certains services proposent aussi une option « visite conviviale » de quelques minutes pour rompre la solitude.
La livraison de courses, qu’elle soit assurée par un service d’aide à domicile, une enseigne de grande distribution ou une plateforme spécialisée, complète utilement le portage de repas. Vous pouvez ainsi maintenir les habitudes alimentaires du senior (choix des marques, produits frais, petits plaisirs), tout en évitant les déplacements fatigants. De nombreuses communes ou intercommunalités subventionnent ces services, parfois sous conditions de ressources ou d’âge, ce qui permet de limiter le reste à charge.
Structures d’accueil spécialisées : typologie des établissements selon les pathologies
Lorsque le maintien à domicile ne suffit plus, ou qu’il devient trop risqué, le recours à une structure d’accueil spécialisée peut être envisagé. Contrairement aux idées reçues, il n’existe pas qu’un seul modèle de maison de retraite : le paysage est riche d’établissements aux niveaux de médicalisation et de services très différents. Le choix dépendra du degré de dépendance, des pathologies en présence (notamment les maladies neurodégénératives), mais aussi des attentes en termes de cadre de vie.
Passer le cap d’une entrée en établissement n’est jamais anodin, ni pour la personne âgée ni pour son entourage. Pourtant, pour certains profils très dépendants, un accompagnement en continu par une équipe pluridisciplinaire peut offrir un meilleur niveau de sécurité et de confort qu’un maintien à domicile coûteux et épuisant pour les aidants. L’enjeu est donc de bien comprendre les spécificités de chaque structure pour faire un choix éclairé, en cohérence avec le projet de vie du senior.
EHPAD médicalisés : unités alzheimer et soins de longue durée
Les Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) sont des structures médico-sociales qui accueillent des personnes de plus de 60 ans dont la perte d’autonomie nécessite une aide quotidienne et une surveillance médicale soutenue. Ils combinent hébergement, restauration, animations, accompagnement de la vie quotidienne et soins infirmiers. La présence d’un médecin coordonnateur, d’infirmiers, d’aides-soignants et d’auxiliaires de vie permet une prise en charge globale 24h/24.
De nombreux EHPAD disposent d’unités protégées ou « unités Alzheimer », spécialement conçues pour les résidents atteints de troubles cognitifs majeurs, sujets à la déambulation ou aux fugues. Ces unités, sécurisées mais ouvertes sur des espaces de vie conviviaux, proposent des approches non médicamenteuses (ateliers mémoire, stimulation sensorielle, jardins thérapeutiques) afin de préserver au maximum les capacités restantes. Pour les familles, elles offrent un cadre rassurant, même si l’acceptation de l’entrée en EHPAD peut demander du temps.
Les coûts en EHPAD restent élevés, avec un tarif moyen mensuel autour de 2 000 à 2 500 euros selon les régions et le niveau de dépendance. Des aides comme l’APA en établissement, l’APL ou l’ALS peuvent toutefois alléger la facture, notamment pour les résidents aux revenus modestes. Avant de s’engager, il est conseillé de visiter plusieurs établissements, d’échanger avec les équipes soignantes et les autres familles, et de vérifier les projets d’accompagnement individualisés proposés.
Résidences autonomie : logements adaptés avec services intégrés
Les résidences autonomie (anciennement foyers-logements) s’adressent à des personnes âgées encore autonomes ou en légère perte d’autonomie, qui souhaitent vivre dans un environnement sécurisé sans renoncer à un logement privatif. Concrètement, il s’agit de petits appartements (studios ou T2), intégrés dans une structure disposant d’espaces collectifs : salle de restauration, salons, jardin, parfois salle d’animation ou bibliothèque.
Le principal intérêt de ces résidences réside dans la combinaison entre indépendance et sécurité. Chaque résident gère son quotidien, mais bénéficie de services optionnels : restauration, blanchisserie, animations, veille de nuit, coordination avec des intervenants extérieurs (aides à domicile, infirmiers libéraux). Les loyers y sont généralement plus accessibles que dans le parc privé, et l’ouverture possible aux aides au logement (APL) en fait une solution intéressante pour les petits budgets.
En revanche, les résidences autonomie ne sont pas adaptées aux situations de dépendance lourde ou de troubles cognitifs avancés, faute de personnel soignant en continu. Elles conviennent davantage comme étape intermédiaire entre le domicile classique et un EHPAD, ou comme solution de rupture de l’isolement pour des seniors seuls dans un logement devenu inadapté (escaliers, quartier enclavé, etc.). Là encore, une visite sur place et un échange avec l’équipe de direction sont indispensables pour vérifier l’adéquation de l’offre avec le profil du futur résident.
Unités de soins de longue durée (USLD) : hospitalisation prolongée gériatrique
Les Unités de soins de longue durée (USLD) sont des structures hospitalières destinées aux personnes âgées très dépendantes, présentant des pathologies chroniques lourdes nécessitant une surveillance médicale constante. À la différence des EHPAD, elles relèvent du secteur sanitaire et sont directement rattachées à un hôpital public ou privé d’intérêt collectif. Elles disposent ainsi d’un plateau technique renforcé et d’une présence médicale plus importante.
Les profils accueillis en USLD sont généralement des personnes classées en GIR 1 ou 2, souffrant de polypathologies complexes, de troubles du comportement sévères ou de situations nécessitant des soins techniques continus (alimentation entérale, trachéotomie, etc.). L’entrée se fait sur indication médicale, souvent après un séjour hospitalier, et après avis d’une commission d’admission. Pour certaines familles, l’USLD peut être perçue comme un « entre-deux » entre l’hôpital aigu et l’EHPAD, mais la durée de séjour y est souvent longue.
Sur le plan financier, le tarif d’hébergement reste à la charge du résident, avec la possibilité de mobiliser des aides au logement et, sous conditions, l’aide sociale à l’hébergement (ASH). Les soins, eux, sont pris en charge par l’Assurance maladie. Compte tenu du faible nombre de places disponibles au niveau national, l’USLD doit être envisagée pour des situations très spécifiques, lorsque l’accompagnement en EHPAD ou à domicile n’est plus suffisant pour garantir la sécurité et la qualité des soins.
Maisons d’accueil rural pour personnes âgées (MARPA) : solutions territoriales
Les Maisons d’accueil rural pour personnes âgées (MARPA) constituent une alternative originale pour les seniors attachés à leur territoire, notamment en milieu rural. Ces petites structures, généralement gérées par la Mutualité sociale agricole (MSA) ou par des collectivités locales, accueillent une vingtaine de résidents dans des logements individuels de plain-pied, avec des espaces communs conviviaux (salle à manger, salon, jardin).
Le concept repose sur trois piliers : proximité, convivialité et prévention de la perte d’autonomie. Les résidents sont chez eux, libres d’organiser leur vie comme ils l’entendent, tout en bénéficiant d’une présence 24h/24, de repas préparés sur place et d’activités collectives. Les interventions d’aide et de soins (aides à domicile, SSIAD, kinésithérapeutes) sont mutualisées et coordonnées au sein de la maison, ce qui simplifie les démarches pour les familles.
Les MARPA sont particulièrement adaptées à des personnes âgées originaires du monde rural, souhaitant rester proches de leurs repères (médecin de famille, commerces, réseau social local). Leur petite taille favorise une ambiance familiale et un accompagnement individualisé. En revanche, l’offre reste encore limitée en nombre sur le territoire national, et les places peuvent être très demandées. Se renseigner tôt auprès de la mairie ou du CCAS permet d’anticiper une éventuelle admission.
Technologies d’assistance et domotique : écosystèmes connectés pour le maintien à domicile
Les solutions numériques et les objets connectés occupent une place croissante dans l’accompagnement des seniors. Loin de remplacer l’humain, ils jouent un rôle de « troisième bras » : ils complètent l’action des aidants et des professionnels pour sécuriser le domicile, prévenir les accidents et faciliter la vie quotidienne. Bien utilisés, ces outils permettent de prolonger le maintien à domicile, tout en rassurant les familles parfois éloignées géographiquement.
La difficulté, pour beaucoup de proches, consiste à trouver le bon équilibre entre protection et respect de l’intimité. Jusqu’où aller dans la surveillance à distance ? Comment ne pas transformer le domicile en environnement trop médicalisé ? L’enjeu est d’intégrer ces technologies de manière discrète, progressive et surtout expliquée à la personne âgée, afin qu’elle se sente actrice de ces choix.
Téléassistance active et passive : dispositifs présence verte et concurrents
La téléassistance est souvent la première brique technologique mise en place pour un senior vivant seul. Le principe est simple : grâce à un bouton porté en pendentif, bracelet ou montre, la personne peut déclencher une alerte 24h/24 en cas de chute, de malaise ou de sentiment d’insécurité. L’appel est reçu par une centrale d’écoute qui évalue la situation et, si nécessaire, prévient les proches ou les services de secours. Des acteurs historiques comme Présence Verte, mais aussi de nombreux concurrents privés ou associatifs, proposent ce type de service.
On distingue la téléassistance dite active, qui nécessite une action volontaire (appuyer sur le bouton), et la téléassistance passive, où des capteurs détectent automatiquement une anomalie (absence de mouvement, porte non ouverte le matin, chute). Cette seconde génération de dispositifs est particulièrement utile pour les personnes atteintes de troubles cognitifs, qui peuvent oublier ou ne pas être en mesure d’actionner le bouton d’alerte au moment critique.
Le coût de la téléassistance reste modéré, souvent entre 20 et 40 euros par mois, avec la possibilité de bénéficier de déductions fiscales et, parfois, d’une participation du département ou de la caisse de retraite. Avant de souscrire, il est judicieux de vérifier la qualité de la centrale d’écoute (certifications, délais de réponse, disponibilité 24h/24) et les modalités d’installation à domicile (box internet nécessaire ou non, test de fonctionnement régulier).
Capteurs IoT de détection de chutes et systèmes d’alerte automatisés
Avec l’essor de l’Internet des objets (IoT), de nombreux capteurs intelligents investissent progressivement les logements des seniors. Détecteurs de mouvement, capteurs de chute, capteurs d’ouverture de portes ou d’usage d’électroménager (cuisinière, frigo) permettent de repérer des comportements inhabituels et d’envoyer automatiquement des alertes aux proches ou à une plateforme professionnelle. C’est un peu comme installer un « gardien invisible » dans le domicile, silencieux mais vigilant.
Certains dispositifs se présentent sous forme de petits boîtiers à fixer au mur ou au plafond, capables de repérer une chute lourde sans qu’aucun objet ne soit porté par la personne. D’autres analysent les routines quotidiennes (heures de lever, passages dans la cuisine, utilisation des sanitaires) et signalent toute rupture de rythme pouvant traduire un problème de santé. Ces solutions peuvent être particulièrement utiles pour des aidants qui ne peuvent pas être présents en permanence, mais qui souhaitent malgré tout garder un œil sur le déroulement des journées.
Néanmoins, l’installation de capteurs doit toujours se faire dans le respect de la vie privée. Il est important d’expliquer clairement au senior quelles données sont collectées, qui y a accès et dans quel but. La mise en place d’un tel dispositif doit être consentie et comprise, sous peine de générer un sentiment de surveillance intrusive, voire de rejet de la technologie.
Applications mobiles géolocalisées : solutions anti-fugue et suivi GPS
Pour les personnes souffrant de troubles de l’orientation, en particulier dans la maladie d’Alzheimer et les pathologies apparentées, le risque de fugue est une source d’angoisse majeure pour les familles. Les applications mobiles et dispositifs GPS portés (montres, semelles, médaillons) permettent de localiser rapidement un proche en cas d’errance, voire de prévenir automatiquement un aidant lorsqu’une « zone de sécurité » prédéfinie est franchie.
Ces outils peuvent être comparés à un « fil d’Ariane numérique » : ils n’empêchent pas la personne de se déplacer, mais permettent de la retrouver plus facilement si elle se perd. Ils offrent un compromis intéressant entre liberté de mouvement et sécurité, à condition d’être correctement configurés (zones géographiques, personnes à prévenir, seuils d’alerte). Pour des couples âgés où l’un des conjoints est fragilisé, ils peuvent constituer un vrai filet de sécurité au quotidien.
Il faut toutefois garder en tête les enjeux éthiques de la géolocalisation : suivre en permanence les déplacements d’une personne n’est pas anodin. L’accord éclairé du senior, ou à défaut celui de son représentant légal, doit être recherché. De plus, la technologie ne remplace jamais la vigilance humaine : une alerte GPS nécessite toujours une réaction rapide d’un aidant ou d’un professionnel pour se rendre sur place.
Domotique adaptative : éclairage automatique et commandes vocales alexa
La domotique, longtemps perçue comme un gadget, devient un véritable outil de compensation de la perte d’autonomie. Éclairage automatique dans les couloirs et les sanitaires, volets roulants motorisés, prises commandées à distance, capteurs de fumée connectés : autant de dispositifs qui réduisent les efforts physiques, limitent les risques de chute et sécurisent le logement. Imaginez, par exemple, qu’une simple détection de mouvement allume une veilleuse douce dans le couloir la nuit : un geste en moins à faire, et un obstacle de moins sur le chemin.
Les assistants vocaux (type Alexa, Google Home) apportent une couche supplémentaire de confort. Ils permettent de contrôler les équipements (lumières, télévision, chauffage) par la voix, d’écouter la radio, de passer des appels vidéo aux proches ou même de programmer des rappels pour la prise de médicaments. Pour certains seniors, parler à un assistant vocal peut paraître étrange au début, mais cela devient rapidement un réflexe, comme appeler un proche pour lui demander un service.
Pour tirer pleinement parti de la domotique, il est recommandé de procéder par étapes, en commençant par les fonctions les plus simples et les plus utiles (éclairage, volets, alarme). Une installation bien pensée doit rester intuitive : si le système devient plus compliqué à utiliser que les anciens interrupteurs, il risque d’être abandonné. L’accompagnement par un ergothérapeute ou un professionnel de l’aménagement du logement peut aider à concevoir une solution réellement adaptée aux habitudes de vie de la personne âgée.
Dispositifs de financement et aides publiques : optimisation du reste à charge
Face à la multiplication des solutions d’accompagnement des seniors – aide à domicile, hébergement, technologies – une question revient systématiquement : comment financer tout cela ? Le coût cumulé des interventions peut rapidement peser sur le budget des ménages, surtout lorsque la perte d’autonomie s’installe dans la durée. Bonne nouvelle : de nombreux dispositifs publics et privés existent pour réduire le reste à charge, à condition de bien les connaître et de savoir les articuler.
La première étape consiste à dresser un budget prévisionnel des besoins : nombre d’heures d’aide à domicile, portage de repas, éventuels aménagements du logement, téléassistance, etc. En parallèle, vous pouvez recenser tous les leviers mobilisables : allocation personnalisée d’autonomie (APA), aides des caisses de retraite, prestations des mutuelles, exonérations de charges sociales, crédit d’impôt de 50 % pour l’emploi d’un salarié à domicile. L’accompagnement par un travailleur social, un CLIC ou un CCAS facilite grandement ce travail de montage de dossier.
En pratique, l’APA à domicile reste la pierre angulaire du financement de la dépendance pour les plus de 60 ans en GIR 1 à 4. Versée par le département, elle prend en charge une partie des dépenses inscrites dans le plan d’aide (heures d’auxiliaire de vie, téléassistance, accueil de jour, répit de l’aidant…). Le montant accordé dépend à la fois du niveau de dépendance et des ressources de la personne. Plus les revenus sont modestes, plus la prise en charge est importante, jusqu’à une quasi-gratuité pour les ménages les plus fragiles.
Pour les personnes encore autonomes (GIR 5 ou 6) ou ne relevant pas de l’APA, les caisses de retraite de base et complémentaires proposent des aides ciblées : financement de quelques heures d’aide ménagère, participation à des travaux d’adaptation du logement, programmes de prévention (ateliers équilibre, mémoire, nutrition). Certaines mutuelles complètent également ces dispositifs par des forfaits « aide au retour à domicile » après hospitalisation ou par des services d’assistance téléphonique et de téléconsultation.
Enfin, il ne faut pas oublier les mécanismes fiscaux, souvent sous-utilisés. Le recours à un service à la personne (via CESU, association, entreprise ou emploi direct déclaré) ouvre droit à un crédit d’impôt de 50 % des dépenses engagées, dans la limite des plafonds légaux. Pour un couple de retraités imposable, cette mesure peut représenter plusieurs centaines, voire milliers d’euros d’économie par an. Même non imposable, le foyer peut bénéficier d’un remboursement direct de l’administration fiscale, ce qui constitue un véritable « coup de pouce » au financement de l’aide à domicile.
Évaluation gérontologique multidimensionnelle : grilles AGGIR et outils de diagnostic
Choisir les bonnes solutions d’accompagnement pour un senior suppose de bien connaître sa situation, non seulement médicale, mais aussi fonctionnelle, psychologique et sociale. C’est tout l’enjeu de l’évaluation gérontologique multidimensionnelle, réalisée le plus souvent par une équipe médico-sociale (médecin, infirmier, assistant social, psychologue, ergothérapeute). Plutôt que de se focaliser sur une seule pathologie, cette approche globale prend en compte l’ensemble des dimensions de la vie quotidienne.
Au cœur de cette évaluation, la grille AGGIR (Autonomie gérontologie groupes iso-ressources) permet de classer la personne âgée en six niveaux de dépendance, de GIR 1 (dépendance très lourde) à GIR 6 (autonomie). Elle s’appuie sur l’analyse de dix activités corporelles et mentales (se laver, s’habiller, se déplacer, communiquer, etc.) et de plusieurs activités domestiques ou sociales. Ce classement conditionne l’accès à certaines aides, notamment l’APA, et oriente vers les solutions les plus adaptées : maintien à domicile avec auxiliaire de vie, hébergement en EHPAD, recours à un SSIAD, etc.
Mais l’AGGIR n’est qu’un outil parmi d’autres. Des échelles de fragilité, de dépression (type GDS), de douleur ou encore des tests cognitifs (MMSE, MoCA) complètent souvent le tableau. L’ergothérapeute peut, par exemple, analyser les déplacements dans le logement pour identifier les risques de chute et proposer des aménagements ciblés. Le psychologue, lui, évaluera l’impact émotionnel de la perte d’autonomie, les risques d’isolement ou d’épuisement de l’aidant familial.
Pour vous, proches ou professionnels, l’évaluation gérontologique est un peu comme un « bilan complet » avant d’engager des travaux importants : elle évite les décisions prises dans l’urgence ou sur la seule base du ressenti. Elle peut être réalisée dans différents cadres : demande d’APA, consultation mémoire, hospitalisation en gériatrie, passage par un CLIC ou un dispositif d’appui à la coordination (DAC). Ne pas hésiter à la solliciter, c’est se donner les moyens de construire un projet d’accompagnement cohérent, évolutif et surtout respectueux des souhaits de la personne âgée.